CHINE (La République populaire) - Développement économique


CHINE (La République populaire) - Développement économique
CHINE (La République populaire) - Développement économique

En 1949, quand le Parti communiste chinois prend le pouvoir à Pékin, il a déjà une longue expérience politique. Depuis les années 1930 en effet, les éléments communistes retranchés dans leur base du Shaanxi remportaient une série de succès au cours des expériences socialistes menées dans cette région. Leur prestige ne pouvait ainsi que s’affirmer aux yeux des masses paysannes et ouvrières qui, ruinées par plus de dix années de guerre, voyaient dans la victoire communiste la fin de la misère. Ce large appui populaire allait s’avérer en fait le soutien indispensable d’un régime placé devant une situation économique particulièrement critique. C’est lui qui allait permettre la mise en valeur de ressources extrêmement variées, prospectées certes depuis la Première Guerre mondiale, mais dont il appartint au régime populaire de faire un inventaire plus rigoureux et plus approfondi.

1. Développement et planification

Après 1945, avec la misère des campagnes chinoises s’aggrave la destruction des centres industriels; la débâcle des forces du Guomindang à partir de 1947 entraîne non seulement l’insécurité et la désorganisation de ce qui reste d’activité économique, mais accélère la fuite des capitaux vers l’étranger. Dans le domaine monétaire, malgré un bref répit de la tendance inflationniste, la reprise des hostilités entre communistes et nationalistes provoque l’effondrement du yuan. Avec lui disparaîtront les derniers soutiens du régime nationaliste.

La Nouvelle Démocratie (1949-1952)

En regard de cette situation, l’attitude des nombreux dirigeants donne d’abord la preuve d’un très grand réalisme. Mao Zedong avait insisté sur le fait que, si l’appui de la paysannerie constituait l’élément important de la prise du pouvoir, le redressement de la Chine, lui, passait nécessairement par la collaboration avec la bourgeoisie. Si, pour le P.C.C., l’objectif ultime était en effet l’édification d’un État socialiste où tous les moyens de production et de distribution seraient détenus par l’État, ce but semblait ne pouvoir être atteint que par l’application de la doctrine de la «révolution démocratique», que Sun Yat-sen avait définie au début du siècle, et dont Mao avait, en 1940, repris les grandes lignes dans son programme de la «Nouvelle Démocratie».

En accord avec ces principes, la politique du P.C.C. au cours des quatre années 1949-1952 consistera donc essentiellement à effectuer la réforme agraire et à développer l’interventionnisme étatique dans les secteurs industriel, commercial et financier.

La réforme agraire

Dans l’esprit des nouveaux dirigeants, la réforme agraire était considérée comme destinée à obtenir des résultats plus politiques qu’économiques. La redistribution des terres des grands propriétaires fonciers devait avant tout assurer la «prise de conscience sociale» des masses paysannes les plus déshéritées et élargir le soutien à la révolution. C’est ainsi que les domaines d’une dizaine de millions de familles – grands propriétaires, paysans riches et autres «réactionnaires» – furent confisqués; 17 millions de personnes furent condamnées à des peines diverses et 3 millions environ furent exécutées. Si la réforme qui suivit eut pour principal effet de renforcer la popularité du régime auprès des masses populaires en améliorant dans l’immédiat le niveau de vie des paysans les plus défavorisés, elle n’avait pas accru la productivité du secteur agricole. Dans ces conditions, aucun des vrais problèmes économiques de la Chine ne se trouvait résolu, et la paupérisation des paysans et des ouvriers agricoles allait continuer de s’aggraver, comme le confirme une étude entreprise par le gouvernement en 1954. À cette date, l’ensemble «ouvriers agricoles, paysans pauvres et paysans moyens» représentait à lui seul encore 70 p. 100 du total de la population rurale et le nombre des propriétaires, qui s’était en principe accru de 50 millions, avait entraîné une diminution proportionnelle de la taille des propriétés et de la productivité. C’est pour redresser cette situation que le comité central du P.C.C. allait prendre dès 1951 les premières mesures de collectivisation des terres. Cette nouvelle politique, marquée par l’établissement des «équipes d’entraide», si elle maintenait la propriété privée des instruments de production, l’assortissait d’un système de prêts réciproques, compensés par des versements en nature ou en espèces, ce qui devait à la fois permettre d’augmenter le rendement du secteur agricole et inciter les paysans à coopérer. À la fin de 1952, on comptait environ 8 300 000 de ces équipes d’entraide, regroupant plus de quarante-cinq millions de familles. Le programme de la Nouvelle Démocratie relatif à l’agriculture se trouvait ainsi réalisé.

Le développement de l’interventionnisme

À l’égard de l’industrie et du commerce, l’attitude du gouvernement au cours de la période 1949-1952 fut essentiellement guidée par l’analyse que Mao avait faite de la bourgeoisie chinoise et par la distinction opérée entre «capitalisme bureaucratique» et «capitalisme national». Dans la terminologie maoïste, l’expression «capitalisme bureaucratique» désignait principalement les grandes entreprises d’État constituées à l’époque du Guomindang par la confiscation et la nationalisation des biens japonais en Chine. Cet immense secteur, dont la valeur était estimée à une quinzaine de milliards de dollars, représentait environ la moitié des services financiers, commerciaux et des transports. Son étatisation allait procurer au gouvernement le moyen d’intervenir d’emblée dans l’orientation générale des affaires.

À côté du «capitalisme bureaucratique», le «capitalisme national» lié à la couche supérieure de la classe moyenne assurait plus de la moitié de la production industrielle brute. Son importance relative explique que l’administration communiste ait adopté à son égard une attitude d’abord assez souple. C’est la guerre de Corée qui, suivant la nationalisation et la réorganisation du secteur bancaire, allait, par un accroissement considérable des commandes d’État, resserrer les liens entre secteurs publics et privés. Les prix tendirent dès lors à se stabiliser, on assista à une rentrée de capitaux et à un accroissement des recettes fiscales dû à l’augmentation de la production.

Les résultats obtenus par la politique interventionniste de la Nouvelle Démocratie furent encourageants, mais ce n’était que le prélude d’une transformation plus radicale des structures économiques et sociales du pays; la Chine allait en effet aborder en 1953 une nouvelle phase révolutionnaire dite «période de transition».

La période de transition

Telle qu’elle est définie dans le préambule de la Constitution de la république populaire de Chine, la tâche fondamentale de l’État au cours de la période de transition est «de réaliser progressivement l’industrialisation socialiste du pays et d’achever la transformation socialiste de l’agriculture, de l’artisanat ainsi que de l’industrie et du commerce capitalistes».

Cette nouvelle politique qui allait ainsi se développer se traduisit dans les secteurs industriel et commercial par un programme d’étatisation. Dans l’agriculture et l’artisanat, la forme de transition prévue était surtout fondée sur l’établissement des coopératives.

L’étatisation

Dès le début, le gouvernement manifesta sa volonté de jouer désormais un rôle décisif dans l’activité économique. Avec le déclenchement de la campagne des «cinq anti» au début de l’année 1952, la bourgeoisie chinoise allait en effet recevoir des coups sévères. À la faveur des dénonciations et des mouvements de masses, la quasi-totalité des entreprises du secteur privé furent soumises à de lourdes amendes dont le total s’éleva à 2 milliards de dollars environ. Dans ce climat d’insécurité, la production amorça un brusque déclin; c’est justement ce que recherchaient les pouvoirs publics qui, prenant prétexte de cette défaillance, allaient progressivement assurer le relais de l’initiative privée.

En effet, le nombre des magasins étatisés se développa: à la fin de 1952, on en comptait plus de 30 000, soit cinq fois plus qu’en 1950. Des sociétés commerciales publiques furent également organisées dans toutes les grandes villes. Jouissant dès lors d’un monopole quasi absolu dans le domaine du commerce de gros, l’État pouvait peser plus facilement sur le rythme de la production. Les statistiques officielles indiquent en effet que la part des commandes gouvernementales dans la production industrielle du secteur privé s’éleva de 12 p. 100 en 1949 à 82 p. 100 en 1955. Si les entreprises privées travaillant ainsi pour l’État étaient en principe gérées selon des critères de rentabilité et de profit, la quasi-totalité des bénéfices dégagés devait néanmoins être versée au fisc, au personnel ou affectée aux réserves. L’initiative privée et l’action des stimulants matériels allaient s’en ressentir au point de généraliser le gaspillage des ressources matérielles et humaines, amenant ainsi le gouvernement à franchir une nouvelle étape dans le resserrement de son emprise sur le secteur privé.

Cela se traduisit par la création d’entreprises d’économie mixte au sein desquelles étaient regroupés actionnaires privés et État. Après une brève période de cogestion, la propriété de ces entreprises devait être entièrement transférée à l’État, moyennant toutefois dédommagement des actionnaires.

Faisant le bilan de cette politique, Zhou Enlai, dans son rapport adressé à la quatrième session du Ier Congrès national populaire, déclarait: «Environ 70 000 entreprises industrielles du secteur privé sont passées sous la dépendance du secteur d’économie mixte. Près de deux millions d’entreprises commerciales de toutes tailles ont été incorporées aux circuits de distribution d’économie mixte, au secteur coopératif ou intégrés au secteur étatisé. C’est une grande révolution socialiste; elle marque la transformation de la propriété privée millénaire des moyens de production en un système de propriété collective.»

Transformation des structures de l’artisanat et du petit commerce

Les activités commerciales et artisanales occupaient traditionnellement une large part de la population chinoise. Toutefois, en 1954, la majeure partie des 20 millions d’artisans était essentiellement constituée de paysans pour qui l’artisanat représentait une activité parallèle. Compte tenu de l’importance de ce secteur, le gouvernement s’attacha tout d’abord à en améliorer l’organisation par la centralisation de la distribution des matières premières, puis par une collectivisation de la propriété. C’est ainsi qu’aux petites associations d’achat et de vente primitivement créées succédèrent les coopératives de production. À la fin de 1956, plus de 100 000 de ces dernières regroupaient environ 6 millions d’artisans.

Parallèlement aux mesures de réorganisation de l’artisanat fut menée une politique de réforme du petit commerce traditionnel. En 1954 toujours, 3,3 millions de personnes – camelots, colporteurs, propriétaires d’échoppes – assuraient la majeure partie de la distribution. Des réformes analogues à celles du secteur artisanal furent introduites par la constitution d’associations de petits commerçants, puis de coopératives d’achat et de vente. Bien qu’amorcé en 1953, ce mouvement de transformation du petit commerce ne prit vraiment de l’importance que dans la seconde moitié de 1955. À la fin de 1956, 1 150 000 unités commerciales étaient regroupées sous forme d’associations, parmi lesquelles 800 000 furent intégrées à des coopératives dont certaines allaient ultérieurement être incorporées aux entreprises d’économie mixte.

La transformation dans le secteur agraire

Les équipes d’entraide mises en place dans le cadre de la réforme agraire de la Nouvelle Démocratie avaient très peu modifié la structure de la société paysanne chinoise. La situation des paysans les plus favorisés s’améliorait constamment, si bien que la spéculation sur les denrées agricoles et l’usure connurent après 1952 une période de recrudescence. Pour lutter contre ces tendances, le comité central du P.C.C. adopta le 16 décembre 1953 une «Décision sur le développement des coopératives agricoles de production», destinée à effectuer une transformation radicale des campagnes.

L’établissement des coopératives de production marqua un grand pas en avant dans la collectivisation de l’agriculture chinoise. Ces unités furent en général constituées à partir d’équipes d’entraide dont les membres s’engageaient à utiliser en commun leurs biens, tout en conservant la propriété de leurs champs, de leur bétail, ainsi que de leurs instruments aratoires. La répartition de la production se faisait au prorata de l’apport de chacun, le solde étant affecté à la constitution de réserves d’amortissement, à l’augmentation de l’actif de la coopérative et versé au fisc.

Ce système, bien qu’il fût qualifié de «semi-socialiste» par la terminologie du parti, s’avérait en fait beaucoup plus difficile à organiser que celui des équipes d’entraide; l’encadrement des paysans présentait souvent des difficultés pour lesquelles les fonctionnaires du parti étaient mal préparés. Un rapport officiel d’août 1954 révélait que, sur les 95 000 coopératives ainsi créées au cours de cette même année, 30 p. 100 seulement étaient «bien organisées», de 50 à 60 p. 100 n’avaient «pas de fondations solides»; pour le reste, c’était un échec total. La plupart des paysans ne témoignaient en effet qu’un intérêt très réduit pour cette nouvelle forme d’organisation. Ils étaient en général trop pauvres pour alimenter le fonds de la coopérative, et trop illettrés pour fournir les administrateurs nécessaires au bon fonctionnement du système. Un mouvement de résistance se manifesta d’ailleurs rapidement, qui se traduisit par l’abattage systématique des animaux de trait et la destruction des coupes forestières; en conséquence, les campagnes allaient être plongées dans une crise et une désorganisation si graves que le mouvement coopératif dut être stoppé.

Malgré cela, Mao décida de passer outre; faisant fi des critiques et des hésitations qui se manifestaient au sein du parti, il intervint pour donner un nouvel élan au développement des coopératives. Dans son esprit, la collectivisation des terres était, en effet, la clé de tout le développement futur de la Chine, car elle devait permettre l’introduction des méthodes modernes de culture nécessaires à l’accroissement de la productivité agricole dont dépendait l’industrialisation du pays. Réussissant à imposer ses thèses au comité central du P.C.C., il lui fit adopter en octobre 1955 une nouvelle décision tendant à reprendre et à accélérer le processus de collectivisation de l’agriculture. En conséquence, plus de 110 millions de familles, représentant 91,9 p. 100 du total de la population paysanne, allaient être intégrées dans les coopératives; puis, dès la fin de 1955, un nouveau genre d’institution comparable aux kolkhoz de l’U.R.S.S. fit son apparition. Les terres et les instruments de production étaient exploités en commun, chaque membre avait toutefois la possibilité de disposer d’un lopin privé, la rémunération des travailleurs se faisait aux pièces et ceux-ci, organisés en «brigades de production», jouissaient d’une relative autonomie en ce qui concerne l’organisation du travail; un comité directeur élu par une assemblée générale disposait enfin d’un pouvoir de contrôle sur la gestion.

En 1957, plus de 750 000 de ces coopératives regroupaient les 120 millions de familles paysannes que comprenait la Chine. La tâche la plus lourde du programme de transformation socialiste de l’économie était ainsi achevée, et ce une dizaine d’années avant le délai prévu.

À ce stade, on peut dire que la politique du P.C.C. pratiquée depuis 1949 avait non seulement permis d’assurer l’unité du pays, mais que les premiers objectifs du régime – établissement d’un nouvel ordre social, mainmise par l’État sur les secteurs clés de l’économie, restauration et développement de la capacité productrice – furent tous atteints. Le niveau de production industrielle d’avant guerre avait non seulement été rétabli, mais dépassé. Les industries de Mandchourie, qui avaient été démantelées en 1945 par les Soviétiques, étaient remises en activité. Les usines des villes côtières connaissaient un nouvel essor; les techniques de production se développaient et, en conséquence, le niveau de vie s’améliorait. Les fléaux traditionnels de la Chine, les famines et les épidémies, qui avaient jadis tendu à maintenir le volume de la population dans un équilibre plus ou moins stationnaire avec la production alimentaire, disparurent. Ainsi, l’urgence d’un développement économique plus poussé allait se faire d’autant plus sentir que la chute brusque du taux de mortalité risquait de remettre en action le jeu des forces malthusiennes; bien que les résultats fussent encourageants, la Chine avait encore beaucoup à faire pour développer son économie: ce sera la tâche du Ier plan quinquennal.

Le Ier plan quinquennal (1953-1957)

Priorité à l’industrie lourde et aide soviétique

En 1953, date prévue pour le démarrage de l’économie planifiée, les dirigeants chinois n’étaient pas encore en mesure de procéder à la mise en place de projets ambitieux. Le boom de la guerre de Corée déréglait l’activité économique; d’autre part, la socialisation des différents secteurs était loin d’avoir atteint le niveau jugé sans doute nécessaire par les planificateurs; en effet, 80 p. 100 du revenu national était encore absorbé par les secteurs dits «individuels» et «capitalistes», et l’agriculture n’était pas encore organisée en coopératives socialistes. Dans ces conditions, la planification quinquennale devait être une réalité assez floue, se ramenant principalement à définir des objectifs quantitatifs fixés selon les principes d’une stratégie du développement économique inspirée de l’Union soviétique. Pour les dirigeants chinois, en effet, comme pour les dirigeants soviétiques, si la finalité du développement économique coïncide avec l’intérêt à long terme du peuple, cela ne peut se faire qu’au détriment de la satisfaction de ses besoins actuels. La priorité étant accordée au développement de la production de matières premières et à l’industrie mécanique, la croissance s’appuie sur une industrie à grande échelle et à forte intensité capitalistique, tandis que l’investissement dans l’agriculture et les industries de biens de consommation représente une fraction relativement faible. Quant au taux d’épargne, nécessairement élevé pour mener à bien ce programme, il suppose qu’une part de plus en plus importante de l’accroissement du produit national soit affectée au fonds d’accumulation.

Il faut donc voir plus qu’une simple coïncidence dans le fait que la version définitive du Ier plan quinquennal, datée de février 1955, intervint quatre mois après l’accord sino-soviétique d’assistance économique. L’aide soviétique allait être en effet un facteur fondamental du développement de la Chine au cours de son Ier plan quinquennal. Il est même incontestable qu’en l’absence de cette collaboration la jeune République populaire aurait été incapable d’atteindre les résultats qu’elle allait enregistrer dans le développement de son industrie.

Si aucun don important n’a été fait à la Chine populaire, l’assistance de l’Union soviétique se manifesta sous la forme d’une aide d’un montant de 5 600 millions de roubles, allouée dans le cadre d’un accord de commerce prévoyant le remboursement par la Chine de tout l’équipement et des services des techniciens soviétiques nécessaires au développement d’une industrie nationale.

Mais les chiffres, dans leur sécheresse, ne révèlent pas toute l’importance que cette contribution représentait pour la Chine, et ce au moment même où la grande majorité des pays occidentaux maintenaient leur embargo; la qualité de l’assistance technique soviétique, l’apport incommensurable que constituait le savoir-faire des techniciens, la formation de 7 000 étudiants chinois envoyés en U.R.S.S. sont des facteurs qualitatifs qui échappent à toute analyse chiffrée. Enfin, compte tenu de l’époque à laquelle fut signé cet accord et des faibles garanties offertes par la Chine à ce moment, on peut dire que les Soviétiques eux-mêmes accomplirent un exceptionnel effort.

Grâce à cette assistance, les Chinois s’efforceront d’atteindre au cours de leur Ier plan quinquennal les objectifs maximaux prévus pour le développement de leur industrie lourde.

Une «contradiction majeure»

Un équilibre économique précaire

Le montant relatif des investissements consacrés à ce secteur allait effectivement augmenter, tandis que diminuait celui qui était alloué à l’industrie légère. Quant à l’agriculture, qui en 1952 représentait 13,8 p. 100 du total des dépenses d’investissement, elle ne représente plus en 1956 que 8 p. 100 de ce total.

Cette répartition se reflète clairement dans la modification de la structure du revenu national. Selon les statistiques officielles, le secteur agricole, qui constituait encore, en 1936, 64,5 p. 100 du produit national, représente 59,2 p. 100 de ce total en 1952, tandis qu’en 1956 il n’est plus que de 48,1 p. 100. C’est un phénomène inverse que l’on enregistre dans l’industrie et le bâtiment: leur part relative dans le produit national s’élève de 11,49 p. 100 en 1936 à 21 p. 100 en 1952 et 32 p. 100 en 1956. Au cours de cette même période 1952-1958, la production agricole est multipliée par 1,5 alors que, dans le même temps, la production industrielle est multipliée par 10,7. Parallèlement à cette transformation structurelle, le rythme du développement économique et l’importance du taux d’accumulation n’auraient pu être atteints sans une sévère compression de la consommation privée et sans un durcissement extrême des conditions de travail. En fait, le niveau de la consommation privée par tête, malgré une augmentation au cours de la période 1952-1957, était bien inférieur au niveau de 1933. Ce phénomène se faisait d’autant plus sentir que la population augmentait à la cadence de 12 à 15 millions par an.

Lors d’une conférence des experts planificateurs tenue au début du mois de juin 1957, quelques inquiétudes commencèrent à se manifester. Selon l’expression maoïste employée, une «contradiction majeure» tendait à s’établir, due au retard de la production de biens de consommation par rapport à celle des biens d’équipement. Dès 1954, on estimait que l’accroissement de la demande de biens alimentaires ne pouvait être satisfait, compte tenu des possibilités d’élévation de la productivité agricole. Suivant les chiffres officiels, la production des quatre denrées agricoles les plus importantes pour la consommation (riz, blé, soja, millet) s’était accrue de 19 à 20 p. 100 entre 1952 et 1957, tandis que la population au cours de la même période avait augmenté de 11 p. 100. Sur cette base, l’offre de biens de consommation par tête aurait dû s’accroître de 8 p. 100, soit de 1,5 p. 100 par an en moyenne. En fait, ce taux n’était pas atteint, car les exportations de céréales alimentaires, de soja en particulier, destinées à financer les importations de biens d’équipement avaient diminué d’autant l’offre intérieure.

La situation indiquait donc un équilibre économique précaire. De plus, l’agriculture de la Chine, tributaire des aléas météorologiques, connaissait une progression irrégulière, une mauvaise récolte entraînant immédiatement une pénurie alimentaire se traduisant soit par des hausses de prix, soit par un rationnement plus sévère.

Mécontentement paysan

Des tensions ne tardèrent pas alors à se manifester au sein des masses ouvrières et chez les paysans, mais c’est dans les campagnes que la crise fut la plus grave. La collectivisation des terres avait en effet suscité de nouveaux problèmes. En allant au-delà de la simple réforme agraire de la Nouvelle Démocratie, en institutionnalisant la propriété collective, les dirigeants communistes avaient beaucoup déçu les paysans, ce qui se traduisit par une large désaffection envers les programmes de production. On nota en particulier un déclin important de l’élevage des porcs. En 1956, l’effectif de ce cheptel, évalué précédemment à 100 millions de têtes, était retombé à 83 millions. Cette chute entraîna non seulement une diminution du revenu du secteur agricole mais posa également des problèmes pour l’approvisionnement des marchés urbains. Toujours dans l’élevage, un certain nombre d’enquêtes, conduites dans différentes provinces au cours des années 1956 et 1957, montraient que le potentiel énergétique constitué par la traction animale avait diminué de 30 p. 100. C’était là une perte catastrophique.

Le mécontentement des paysans allait atteindre son point culminant au cours des années 1956 et 1957 et se traduire en particulier par le développement d’un ressentiment contre les citadins, dont le niveau de vie était jugé supérieur. Le «mouvement aveugle des paysans vers les villes» qui alarme tant les autorités s’explique ainsi par la volonté de s’assurer de meilleures conditions de vie. Comme, de 1952 à 1957, la population urbaine avait augmenté d’environ 30 p. 100 (on comptait environ 25 millions d’ouvriers), tandis que la population rurale s’était accrue de 9 p. 100, de 17 à 20 millions de personnes supplémentaires se présentèrent sur le marché du travail. Or, au cours du Ier plan, les entreprises industrielles et les projets agricoles financés par l’État n’avaient créé que 5,36 millions d’emplois nouveaux. On peut donc évaluer à 12 ou à 15 millions le nombre de chômeurs ou de quasi-chômeurs supplémentaires apparus à cette époque. Seul le secteur agricole aurait pu absorber ce surplus de main-d’œuvre. En fait, une certaine partie fut affectée au défrichement de nouvelles terres, mais la grande majorité ne fut pas employée.

La nécessité se faisait donc de plus en plus vivement sentir de trouver une formule susceptible d’assurer le développement simultané de l’agriculture et de l’industrie, afin de rétablir le niveau de l’emploi et de reprendre le processus de la croissance.

La «marche sur les deux jambes» et le «Grand Bond en avant»

Une nouvelle stratégie

L’idée directrice de la nouvelle stratégie élaborée à partir de 1957 visait en effet à utiliser le potentiel sous-employé de la main-d’œuvre rurale en mobilisant les travailleurs.

Cette politique devait revêtir plusieurs formes: absorption de la main-d’œuvre oisive dans des grands travaux (constructions de barrages contre les inondations, réparation de canaux d’irrigation, construction de routes); élévation des rendements agricoles par une intensification des méthodes de travail dans l’agriculture (semis plus rapprochés dans les rizières, désherbage méthodique, lutte contre les parasites, oiseaux, rats, etc.); constitution d’une industrie de style artisanal, à côté d’une industrie moderne, celle-là visant à assurer un développement économique plus harmonieux qui ne nécessiterait pas d’investissements importants. L’utilisation maximale des ressources éparses devait enfin permettre d’édifier en un court laps de temps de petites unités de production, dans le domaine de la sidérurgie (petits hauts fourneaux), de l’extraction minière, de l’énergie (petites raffineries de pétrole, petites centrales hydro-électriques), de l’industrie alimentaire, de l’entretien des machines, et jusque dans la production d’engrais humain. Ces unités aisément contrôlables à l’échelon local étaient estimées très rentables et susceptibles d’être installées dans l’ensemble du pays.

Création d’une économie bi-sectorielle

Cet établissement d’un secteur industriel à petite échelle et à haute intensité de travail, voisinant avec un secteur industriel moderne à grande échelle et à haute intensité capitalistique, fut en fait la clé de voûte de la nouvelle stratégie du développement économique, rendue célèbre par la formule «marcher sur les deux jambes». La création d’une économie bi-sectorielle laissant à l’industrie artisanale, fondée sur l’utilisation intensive de la main-d’œuvre rurale sous-employée, le soin d’assurer l’augmentation de la productivité de l’agriculture et l’accroissement de la production agricole était une idée originale; le secteur agricole devait ainsi se développer de façon quasi autarcique, l’augmentation de la production agricole servant à financer le développement du «secteur moderne» à haute intensité capitalistique, grâce au transfert obtenu par des ventes obligatoires de produits agricoles au-dessous du prix du marché, ou par des mesures de taxation. Là résidait en définitive la grande idée de la nouvelle stratégie économique: financer le développement du secteur industriel moderne par la main-d’œuvre rurale sous-employée, le secteur industriel moderne lui-même absorbant la quasi-totalité de sa production, soit pour le réinvestissement, soit pour des exportations rendues nécessaires par l’achat de biens d’équipement destinés à constituer de nouvelles grandes unités de production.

La décentralisation

L’application de ces principes n’aurait pu toutefois se faire sans une série de mesures de décentralisation prises au bénéfice des autorités locales et tendant à renforcer le pouvoir de direction des entreprises industrielles. Mais ce sont les campagnes qui seront le théâtre des bouleversements les plus spectaculaires.

Les communes populaires

Les 740 000 unités agricoles collectivistes, dites «coopératives de production de type avancé», dont la création ne remontait qu’à l’année 1957, étaient de dimensions beaucoup trop réduites pour servir les besoins de la nouvelle stratégie; c’est ainsi que, le 29 août 1958, le P.C.C. adopta la «Résolution sur l’établissement des communes populaires dans les zones rurales», qui allait conférer un nouveau visage au communisme chinois. Ces «communes populaires», destinées à être la nouvelle base de la société chinoise, rassemblaient des travailleurs de l’industrie, de l’agriculture, du commerce, de l’éducation ainsi que des militaires. À la fin de septembre 1958, 23 384 communes rurales regroupaient la quasi-totalité des paysans, le nombre moyen de familles par commune étant de 5 000, soit vingt fois plus que l’effectif moyen des coopératives de naguère. Établies avant tout pour rassembler une quantité importante de main-d’œuvre sur un espace assez vaste pour assurer la mise en œuvre de la nouvelle politique de développement économique, les communes marquaient une radicalisation du collectivisme; la propriété privée des moyens de production et de consommation y était complètement abolie, il n’existait plus ni lopin de terre, ni arbres fruitiers, ni animaux détenus à titre privé. La vie communautaire de tous les membres poussée à l’extrême cherchait à dissoudre les liens traditionnels et très rigides de la famille chinoise. Enfin, le système des rémunérations pratiqué, selon le principe «à chacun selon son travail», devait permettre de rétablir l’égalité entre les niveaux de vie des paysans et des ouvriers, problème qui avait tant menacé l’alliance politique des classes laborieuses et, par conséquent, l’équilibre du régime.

Cette nouvelle organisation des campagnes représentait aussi un moyen plus efficace de contrôler la consommation globale. L’enrégimentement des paysans et l’utilisation de la force de travail des masses nécessitaient en effet une surveillance accrue de la répartition des biens. Le regroupement de la population dans les communes populaires devait faciliter la mise en place d’une politique de contrôle et d’action psychologique, destinée à créer de nouvelles motivations visant à amener les travailleurs à fournir un effort sans contrepartie matérielle directe. En remodelant l’état d’esprit des paysans, les dernières traces de l’«ordre bourgeois» devaient ainsi disparaître au profit d’une nouvelle classe de «prolétaires agricoles».

Un succès?

Dès l’année 1958, la Chine se trouvera ainsi engagée dans une phase de développement économique et de bouleversement des structures sociales qui apparaissent comme la synthèse des principes de la nouvelle stratégie. En un court laps de temps, les objectifs majeurs du plan (suivant les statistiques) furent atteints. Le IIe plan quinquennal n’apparaissait plus qu’à titre de référence pour une planification annuelle dite de «Grand Bond en avant». En avril, en effet, la publication des chiffres de production de 1958 avait révélé un succès sans précédent: selon ces statistiques, la production d’acier, de charbon, de grains et de coton aurait doublé en l’espace d’un an. Sur cette base que représentaient les résultats de 1958, les prévisions pour 1959 apparaissaient tout aussi étonnantes: d’une année à l’autre, la production d’acier devait s’accroître de 7 millions de tonnes, soit en chiffres absolus approximativement la même augmentation que celle qu’on a enregistrée en 1958. Le miracle chinois était général, les masses avaient non seulement produit de l’acier, mais, en l’espace de moins d’un an, transformé les méthodes de culture et atteint des rendements fantastiques.

Si ces chiffres ne furent accueillis qu’avec réserve par certains experts, d’autres y virent la démonstration que la Chine avait trouvé la solution au problème du sous-développement.

Il faudra attendre la célèbre réunion du comité central de Lushan, du 2 au 16 août 1959, pour qu’un examen plus objectif des résultats rectifie ces chiffres qu’avait pourtant entérinés le Congrès national populaire d’avril.

Il fut reconnu que les services de statistiques avaient surestimé les chiffres et que la répartition de la main-d’œuvre au cours de la récolte de l’automne de 1958 «n’avait pas été faite de façon appropriée». La baisse de production résultant des calamités naturelles avait été sous-estimée. Quant à l’acier, au lieu des 11 millions annoncés, c’était 8 millions de tonnes qui avaient été produits.

Conséquence de cette rectification des résultats de 1958, les prévisions nouvelles pour 1959 réduisirent les objectifs, en raison, fut-il déclaré, des graves calamités naturelles intervenues pendant l’année. Les signes de fatigue observables au printemps de 1959 s’étaient en effet amplifiés. La question agricole préoccupait la direction du parti et une nouvelle «ligne» s’esquissait déjà.

Depuis l’automne de 1958, la situation alimentaire ne laissait pas en effet d’être préoccupante. La priorité donnée au transport de l’acier artisanal des petits hauts fourneaux et du charbon avait eu pour effet d’arrêter la circulation normale des produits agricoles dans les centres ruraux. En outre, une augmentation de 8 p. 100 seulement avait été enregistrée en 1959 pour les grains, dont les objectifs, fixés à 275 millions de tonnes, n’avaient donc pas été atteints, et de beaucoup s’en faut.

Lorsque, à la deuxième session du IIe Congrès national populaire de mars 1960, fut annoncé le plan de développement pour l’année, les objectifs publiés indiquaient encore la volonté de maintenir une progression de «Grand Bond»: la valeur de la production totale devait augmenter de 23 p. 100 en un an, les investissements de base de 21,7 p. 100, l’industrie lourde de 32 p. 100 et la production de céréales de 10 p. 100.

En fait, quelques mois auront suffi pour que l’on prenne conscience que ces résultats ne seraient jamais atteints.

La crise agraire des années 1960-1961

La disette

L’année 1960 voit s’abattre sur la Chine les pires calamités naturelles enregistrées depuis la seconde moitié du XIXe siècle. Plus de 50 p. 100 des terres arables souffrirent des inondations. Au moment même où elle sortait épuisée du Grand Bond, la Chine allait être frappée par la disette. Les réserves alimentaires placées sous le contrôle rigoureux des autorités étaient parcimonieusement distribuées et la ration calorique journalière moyenne, qui déjà en temps normal se situait entre 2 000 et 2 200 calories, diminua encore de 10 à 20 p. 100. La famine atteint son paroxysme au printemps de 1961; un flot incessant de réfugiés venait trouver refuge sur le territoire de Hong Kong et des millions de colis alimentaires en partaient pour venir en aide aux familles restées de l’autre côté de la frontière. Mais cette crise n’était pas uniquement due à l’influence des conditions naturelles, car, en plus d’une baisse de la quantité des denrées alimentaires, on enregistrait également une détérioration de leur qualité (substitution de la patate douce au riz et baisse de la qualité du blé). En réalité, la Chine commençait à payer le prix d’une collectivisation menée trop hâtivement, en même temps qu’elle subissait les premiers contrecoups de la politique du Grand Bond. Les rapports inexacts des statistiques de l’été de 1958 avaient invité en effet les dirigeants chinois à croire pendant un certain temps que le problème de la rareté des produits alimentaires avait été résolu; à la fin de cette même année, Mao décidait, sur la foi des chiffres, que les terres cultivées pourraient être réduites d’un tiers, grâce à l’intensification des méthodes de culture. Cette réduction soudaine devait se répercuter inévitablement sur le volume de la production agricole de 1959, et ce avant même que le comité central n’ait pu revenir sur sa décision. Parallèlement, dans le domaine de l’irrigation, des problèmes graves étaient apparus. Dans la hâte et l’enthousiasme du Grand Bond, une grande quantité de canaux avaient été creusés, mais la plupart du temps de façon anarchique, sans tenir compte des éléments géologiques du terrain; certains responsables y virent la cause d’une aggravation générale du lessivage et de l’alcalinisation des sols.

Ainsi, les craintes et les prédictions de certains membres du parti se trouvaient réalisées. Une atmosphère de tension se développa et les critiques s’avivèrent. De plus en plus nombreux étaient ceux qui pensaient que la construction des petits hauts fourneaux, dont le développement avait été vigoureusement encouragé en 1958, s’était soldée par une double faillite, car l’acier produit s’était avéré impropre à la consommation, et la mobilisation des travailleurs affectés à cette production avait réduit d’autant les effectifs de l’agriculture. Suivant les estimations officielles, cette pénurie de main-d’œuvre s’était élevée en 1958 à dix milliards de journées de travail pour atteindre au moment de la moisson de 30 à 50 p. 100 de l’emploi nécessaire pour effectuer cette tâche. C’est ainsi que les récoltes furent faites en hâte et engrangées dans de mauvaises conditions, sous l’autorité de cadres locaux du parti, qui souvent, péchant par excès de zèle, poussaient au travail sans tenir compte de l’épuisement dans lequel se trouvaient les masses paysannes.

La crise sino-soviétique

Les difficultés que connaissait la Chine du fait de sa situation intérieure se trouvèrent aggravées par la crise des relations sino-soviétiques de 1960. Cette détérioration des relations entre les deux pays marquait en fait l’aboutissement d’un processus latent. Dès les premiers temps de l’expérience du Grand Bond, les dirigeants soviétiques avaient estimé que la politique menée par les Chinois mettait en cause le principe du leadership soviétique au sein du mouvement communiste mondial. Les autorités soviétiques voyaient d’un mauvais œil la constitution des communes populaires, qui prétendait marquer une étape plus avancée sur la route du communisme. Les dirigeants du Kremlin en vinrent donc à se demander si l’aide économique et financière apportée à la Chine s’avérait politiquement rentable, tant pour eux-mêmes que pour le mouvement communiste dans son ensemble. Après avoir mis en garde les Chinois sur la conséquence de leurs attitudes, les Soviétiques commencèrent à prendre leurs distances vis-à-vis de Pékin. Le point de rupture fut marqué en juillet 1960 par le départ subit des cadres et des techniciens russes. Brusquement abandonnés à eux-mêmes, les Chinois allaient désormais devoir assurer seuls l’édification et le fonctionnement de leurs projets industriels. Il leur fallut redessiner les plans de montage des usines, que les Soviétiques avaient emportés avec eux, et entreprendre la production de pièces détachées qui ne leur étaient plus fournies. Ainsi, en pleine période de crise agraire, la Chine se trouvait confrontée à des tâches pour lesquelles elle n’était pas préparée. Une nouvelle mobilisation des énergies était nécessaire, qui ne trouvait plus sa place dans le cadre d’une politique de Grand Bond. Une réorientation de la stratégie économique allait ainsi s’amorcer et déboucher sur la transformation complète du programme de développement agricole et industriel du pays.

En fait, déjà à la fin de l’année 1958, toute marquée par le succès des communes populaires et les résultats prodigieux de la production, était survenue l’étrange nouvelle du prochain abandon de la présidence de la République par Mao, appelé à conserver toutefois la présidence du parti. La deuxième Assemblée nationale chinoise, réunie en avril 1958, portait en effet Liu Shaoqi à la magistrature suprême de l’État, dont Mmes Sun Yat-sen (Sun Zhongshan) et Dong Biwu se partageaient la vice-présidence. L’âge encore peu avancé de Mao, les conditions dans lesquelles fut annoncé son départ, le fait qu’il ne recommanda point de successeur laissent deviner le désaccord profond qui régnait au sein du parti, désaccord portant en particulier sur le rythme à adopter pour la construction de l’économie nationale. L’opposition entre les tenants d’une politique radicale – celle des communes populaires et du Bond en avant – et les partisans d’une «ligne soviétique» du type de celle du Ier plan quinquennal s’était aggravée. Le clivage entre ce qu’on pourrait appeler le «clan national», celui de l’ancienne équipe qui avait fait la révolution (Mao et Lin Biao), et le «clan soviétique», celui de la nouvelle équipe, qui voulait construire la Chine nouvelle et où prédominaient des économistes (Chen Yun et Li Fuchun) et de grands administrateurs (Peng Zhen et Deng Xiaoping), tendait à se renforcer.

Ainsi, la diminution de l’influence de Mao allait, à l’occasion des déboires économiques du Grand Bond, se trouver compensée par l’action d’une direction collégiale dans laquelle Liu Shaoqi puis, plus tard, Peng Zhen et Deng Xiaoping devaient avoir une forte influence. Cette direction collégiale inaugurait une nouvelle phase politique qui, succédant à celle du Grand Bond en avant, comportait tous les caractères de ce que, par référence à l’expérience soviétique, on pourrait appeler la N.E.P. chinoise.

La N.E.P. chinoise

L’expert et le rouge

Pour tenter d’enrayer la crise, la nouvelle équipe dirigeante imprime très vite un ralentissement au rythme de la construction du socialisme et impose le retour à des formes d’organisation moins «progressistes». C’est ainsi que, dès l’automne de 1960, réapparaissent des institutions antérieures à celles du Grand Bond. Le lopin de terre individuel est à nouveau autorisé. Les vestiges du capitalisme ancien sont à nouveau tolérés par l’État, soucieux d’améliorer l’ordinaire du paysan, de pallier les insuffisances de l’agriculture et de l’industrie légère, et de mieux rétribuer le travail. Certaines activités de production individuelle et familiale sont réhabilitées. Des foires rurales sont rouvertes, où sont négociés des produits secondaires de l’agriculture. Enfin, les zones rurales elles-mêmes sont réaménagées.

À l’automne, les communes populaires sont en effet l’objet d’un vaste programme de révision. Ces grandes unités s’étaient révélées incapables, en période de crise, d’encadrer la vie des campagnes et de susciter un accroissement pourtant urgent de la production. Si bien qu’au nombre des raisons doctrinales qui pousseront à réaménager ces institutions il faut compter l’impossibilité de faire entrer dans une formule «aussi avancée des masses insuffisamment préparées idéologiquement et techniquement».

La réorganisation des structures de la société rurale s’étendra vite aux autres secteurs. Alors qu’au cours de la période du Grand Bond en avant, au moment où la politique prenait les commandes, la conscience et la rhétorique politiques prédominaient sur l’efficacité technique, dès 1961 les mots d’ordre du P.C. indiquent la «supériorité de l’expert sur le rouge».

Une croissance équilibrée

Au contact des dures réalités, une nouvelle prise de conscience des données de la politique de développement se manifeste donc, qui tend à réduire l’emprise du parti sur les milieux intellectuels. La pensée économique va y gagner, en ce qui concerne la population en particulier: on commence à parler d’une politique de contrôle des naissances. Mais les thèses les plus débattues sont celles qui touchent l’analyse de la croissance économique en général. Une approche beaucoup plus gradualiste du phénomène du développement économique se dégage à partir des thèses développées par Li Fuchun et Liu Shaoqi. Il est reconnu officiellement que la vitesse du développement de l’économie nationale ne peut être la même chaque année. Le rythme de croissance, estime-t-on, ne peut se maintenir à un niveau constant et doit enregistrer des hauts et des bas. C’est un coup sévère porté aux conceptions «subjectivistes» de Mao qui tendent à rechercher dans la volonté humaine une force de dépassement inépuisable, et dans la capacité de travail une limite toujours reculée.

L’idée de ces thèses exprime le souci d’assurer une croissance équilibrée fondée sur l’étroite dépendance des secteurs industriel et agricole, de l’épargne et de l’investissement. Alors que, précédemment, la consommation avait été systématiquement sacrifiée à l’investissement par une fiscalité élevée et un taux d’épargne forcée très important, on assiste désormais à un retournement des priorités, c’est-à-dire une diminution du taux d’épargne, une réduction du volume de l’investissement et un accroissement de la consommation destiné à augmenter l’incitation à produire. Une fraction plus importante de la production est écoulée dans le secteur agricole, tandis que le taux de l’impôt et les normes des livraisons obligatoires y sont abaissés.

Il s’agit donc d’une retraite progressive du secteur industriel et d’un renforcement de celui de l’agriculture, politique qui fut mise en forme le 27 mars 1962 dans le programme en dix points énoncé par Zhou Enlai.

En fait, cette nouvelle ligne consacrée par le Congrès du peuple d’avril 1962 avait reçu dès 1961 un début d’application. Six millions de tonnes de céréales, surtout destinées à la consommation urbaine, furent importées et payées en devises étrangères. À partir du printemps de 1960, vingt millions d’ouvriers et de fonctionnaires, de cadres du parti, d’étudiants et, d’une façon générale, de citadins furent envoyés à la campagne pour renforcer le front de l’agriculture. Les entreprises urbaines cessèrent d’engager de la main-d’œuvre afin d’assurer une meilleure distribution du travail en réalisant des économies de personnel. Le ralentissement de l’activité industrielle faisait en effet apparaître dans les cités une main-d’œuvre inemployée qu’il était malaisé de ravitailler et que l’on préférait réintégrer dans les zones rurales. Les limites de la production agricole et celles de la résistance humaine, les limites de la compétence technique comme la suppression soudaine de l’assistance soviétique marquaient dans l’immédiat les frontières du développement économique chinois.

Pour un développement sélectif

La nouvelle politique qui s’amorça comme une opération de simple survie allait amener progressivement une reprise de la croissance industrielle, à une échelle toutefois beaucoup moins vaste qu’au cours de la période 1953-1957. Le développement industriel désormais orienté de façon sélective se faisait selon trois directions principales.

Il s’agissait d’abord de réduire la dépendance de la Chine envers les importations de matériaux stratégiques. Une attention toute particulière fut accordée au développement de l’industrie pétrolière. Il fallait, en second lieu, dégager les industries de biens de consommation des fluctuations annuelles de la production agricole. À cet effet, un certain nombre d’usines fabriquant des fibres textiles synthétiques furent achetées à l’étranger (Pays-Bas, Japon, France). Enfin, on encouragea l’expansion de certaines industries, celle des aciers spéciaux en particulier qui, du fait de leur faiblesse, avaient créé de sérieux goulets d’étranglement au moment du Grand Bond en avant.

La reprise

Grâce à l’adoption de cette politique pragmatique et à l’amélioration des récoltes, la croissance industrielle amorce une reprise. De même, la productivité de l’agriculture chinoise s’élève; mais les gains sont encore modestes. Si le développement des usines de textiles synthétiques permet de consacrer à la production de céréales des surfaces destinées auparavant à la culture du coton, des dangers de famine ne sont que provisoirement écartés: un taux d’accroissement normal de 1 p. 100 de la production céréalière ne suffit pas à nourrir une population qui s’accroît de 2 p. 100 par an. La Chine cependant est provisoirement au moins sortie de l’ornière.

La libéralisation

Comme les dirigeants reprenaient le contrôle de la situation, un projet de IIIe plan quinquennal fut mis à l’étude. Dans un discours de décembre 1964, Zhou Enlai y avait fait allusion, annonçant que la période 1966-1970 verrait la mise en œuvre de nouveaux développements. Pourtant, à l’intérieur du pays, l’agitation politique semblait reprendre; des déclarations de la presse officielle exprimaient de vives critiques contre la résurgence de l’esprit capitaliste.

En rendant aux techniciens et aux administrateurs le contrôle d’une économie naguère placée sous celui de cadres sélectionnés en fonction de leur «attitude idéologique», le gouvernement avait renoncé en même temps aux méthodes bureaucratiques et centralisatrices de la période du Ier plan, et, pour la première fois, les chefs d’entreprise pouvaient exercer leur influence sur le déroulement de l’activité économique. La réorganisation portait en particulier sur le système bancaire; les institutions financières locales, auparavant placées à tous les échelons sous la supervision rigoureuse des autorités du Parti communiste, retrouvaient un rôle important dans l’exécution des transactions financières. Ce mouvement de libération allait peu à peu s’étendre aux autres catégories d’entreprises.

À la faveur des réductions opérées dans le programme d’investissements de l’État, une campagne fut en effet lancée pour stimuler les autres types d’investissement, et de nombreuses discussions intervinrent sur la question de savoir comment accélérer la circulation du capital, améliorer l’approvisionnement des industries, accroître la productivité du travail, et finalement sur la manière de fixer les prix. De ces débats, une chose ressort clairement: les nouveaux objectifs économiques assignés aux entreprises ne sont plus des normes quantitatives de production mais des niveaux de profit. Pourtant, si nombreux que furent les économistes chinois défendant cette politique, des voix plus orthodoxes continuaient d’affirmer que l’accomplissement des plans devait se faire en fonction d’objectifs physiques; la principale responsabilité incombant aux dirigeants d’entreprises devait toutefois porter sur la réduction des coûts. Néanmoins, les dirigeants apparaissent indéniablement désireux de favoriser le développement d’une gestion davantage fondée sur des critères financiers: la large place faite à ces problèmes dans la presse le prouve.

La décentralisation

L’affaiblissement du contrôle de l’État et la possibilité désormais accordée à certaines entreprises de fixer leur politique de prix s’accompagnent d’un développement considérable du marché libre, en particulier en ce qui concerne l’agriculture et le tout petit commerce. De plus en plus, les dirigeants d’entreprises auront la possibilité de rechercher leurs propres clients et de passer avec eux des contrats de production, en utilisant au besoin des méthodes de publicité.

Ces dispositions ne sont pas toutes entièrement nouvelles; beaucoup figuraient déjà dans le programme de décentralisation de 1957: le gouvernement avait alors encouragé la répartition des richesses à l’échelon provincial. Mais, à partir de 1962, le phénomène est nettement plus accusé. La généralisation des échanges directs entre les unités économiques marque l’importance du dégagement de l’État de l’activité économique et la faculté laissée aux différentes zones du pays de s’organiser en se décentralisant. Il n’est pas rare à cette époque que l’on fasse référence aux relations économiques historiques et traditionnelles pour justifier cette politique du développement de l’économie régionale, en l’opposant au développement de l’économie nationale, politique pratiquée à l’époque du Grand Bond.

Les stimulants

Le IXe plénum avait mis un terme à la politique de nivellement, et l’existence des disparités ne fut pas seulement admise mais encouragée, afin de susciter un esprit de concurrence qui amènerait les régions les plus pauvres à se développer. Les thèses sur la concurrence allaient peu à peu gagner l’ensemble de la vie économique. Dans l’agriculture, les brigades de production les plus dynamiques cessèrent d’être pénalisées par la politique de nivellement pratiquée sous le Grand Bond. L’extension des stimulants matériels permettait aux travailleurs les plus productifs d’être récompensés. Ils devenaient ainsi de nouveaux modèles pour leurs camarades moins actifs.

Cette nouvelle politique des salaires fit que le niveau de vie variait beaucoup d’une région à l’autre; d’une façon générale, il était plus élevé dans les villes et surtout à Shanghai. Corrélativement à cette politique salariale, le fossé entre les techniciens et les intellectuels, d’une part, et les travailleurs, de l’autre, s’était creusé. Une grande partie de l’élite du pays, étant encore d’origine bourgeoise, était assez peu disposée à se rapprocher des masses travailleuses dans le sens que souhaitaient les dirigeants communistes. Si, au cours de l’été de 1963, une nouvelle campagne fut menée pour inciter les cadres et les intellectuels à se rapprocher des travailleurs, rien ne laissait supposer que le parti voulût remettre en cause la nouvelle autorité attribuée aux «professionnels», rien n’indiquait que les dirigeants communistes eussent l’intention d’intervenir de nouveau au sein de la direction des usines. Les leçons de la période de 1958-1962 étaient encore trop cuisantes pour beaucoup de cadres, durement affectés par les déboires de la période du Bond. Pour les moins déçus d’entre eux, si les grandes lignes du programme économique de Mao étaient considérées comme ayant un sens global, son application et ses résultats étaient beaucoup plus controversés. Tout laissait supposer alors que, pour longtemps encore, l’«économie» et non la «politique» dominerait le pays et que la parole des priorités demeurait la reprise.

Or, juste au moment où le IIIe plan quinquennal allait être inauguré, et prolongée pour une nouvelle période la politique de libéralisation, la «révolution culturelle» éclatait.

Les débuts de la «révolution culturelle prolétarienne»

Le danger révisionniste

La lutte sourde qui opposait les deux lignes, celle de Liu Shaoqi et de Peng Zhen à celle de Mao et de Lin Biao, se poursuivait depuis de longues années. En 1964, elle devint plus aiguë. Tandis que se poursuit la politique de libération, Mao est plus que jamais préoccupé par le problème qui a capté son attention tout au long de la précédente décennie: celui du «danger révisionniste». Le «révisionnisme», qui se traduit, croit-il, par un déclin de l’idéologie révolutionnaire, menace de conduire la Chine sur les traces d’un pays tel que la Yougoslavie. Si, par hypothèse, le parti venait à disparaître soudain de la scène politique, tout laisse croire que la Chine en viendrait à une sorte de capitalisme d’État, placé sous la direction d’une classe d’«intellectuels professionnels». Ayant attendu que l’économie reprenne un second souffle, Mao juge qu’il est opportun d’intervenir et ce, au moment même où s’ouvre la période du IIIe plan. Le 16 mai 1966, le comité central adopte les termes d’une longue circulaire expédiée aux différents organes dirigeants du parti, mais qui ne fut rendue publique que beaucoup plus tard. «Les représentants de la bourgeoisie qui se sont infiltrés dans le parti, dans le gouvernement, dans l’armée et dans les différents milieux culturels constituent un ramassis de révisionnistes contre-révolutionnaires», est-il écrit dans la circulaire. «Si l’occasion s’en présentait, ils arracheraient le pouvoir et transformeraient la dictature du prolétariat en dictature de la bourgeoisie. Certains autres, les individus du genre Khrouchtchev par exemple, bénéficient à l’heure actuelle de notre confiance. Formés pour être nos successeurs, ils se trouvent au milieu de nous. Les comités du parti à tous les échelons doivent porter une attention appropriée à ce point.»

Ainsi, la lutte idéologique menée jusqu’en 1964 contre les dirigeants soviétiques, dans le but de dénoncer le danger mortel que représentait pour le communisme l’abandon des principes fondamentaux du marxisme-léninisme, allait désormais se développer en Chine même. Le moment était venu d’engager la bataille pour empêcher que, dans un avenir plus ou moins proche, le pays ne suivît une évolution analogue à celle du «révisionnisme moderne». L’offensive générale de la révolution culturelle était lancée.

Révolution et économie

La désorganisation générale du pays n’entraîne pas cependant l’effondrement de l’ensemble de l’économie qui bénéficie de la vigilance de Zhou Enlai et dont l’appareil productif sera largement préservé grâce notamment à l’intervention de l’armée. À partir de l’été de 1968, la situation politique se stabilise et c’est une nouvelle avancée de l’emprise du parti à la campagne: tentatives renouvelées pour réduire le lopin privé, transferts de nombre de responsabilités de l’équipe de production , unité de base depuis l’échec du Grand Bond, à l’échelon supérieur, la brigade de production , système plus égalitaire de rémunération des paysans fondé plus sur la «conscience politique» du travailleur que sur sa capacité de production. L’exemple en est donné par la brigade de Dazhai dont l’organisation modèle est réputée avoir remodelé une nature particulièrement hostile (terroirs érodés du Shanxi) en «comptant sur ses propres forces». Toutes les campagnes chinoises sont dès lors invitées à «prendre modèle sur Dazhai». Mais, malgré diverses expériences locales conduites sur ce modèle, dans l’ensemble la pratique n’a guère suivi le discours, et les structures en place à la campagne ont largement résisté à ces nouveaux bouleversements. La paralysie des transports et des usines provoque en 1967 une crise industrielle sans précédent. Cela entraîne, là encore, l’intervention de l’armée qui établit son contrôle sur les ministères et les grandes unités industrielles et permet une reprise en main vigoureuse; on enjoint au pays de «bondir en avant» pour rejoindre ou surpasser les niveaux de production de 1966. Un nouveau slogan est à l’ordre du jour: «la politique commande l’économie, la révolution commande la production», qui se matérialise en 1968 par une vaste campagne en faveur de la «charte d’Anshan» qui fixe les six principes de l’industrie chinoise:

– placer la politique au poste de commandement;

– renforcer le rôle dirigeant du parti;

– lancer vigoureusement des mouvements de masse;

– participation des cadres au travail de production et des ouvriers à la gestion;

– assurer une étroite coopération entre cadres, techniciens et ouvriers;

– mener énergiquement la révolution technique.

Comme Dazhai est le modèle de l’agriculture, Daqing est le phare de l’industrie. Aux confins de la Mongolie, la Chine «par ses propres forces» a développé à Daqing une exploitation pétrolière qui fournit la moitié du pétrole chinois et y a établi un système et un mode d’habitat effaçant les «différences ville-campagne»... Mais on sait aujourd’hui que Dazhai et Daqing ont été en réalité de prodigieuses manipulations, entreprises menées à bien en fait selon des modalités opposées à l’idéologie qu’elles étaient censées véhiculer. Ce qui, en revanche, est bien réel et qui marquera encore longtemps la société chinoise, c’est le retour à la terre obligatoire de quelque 30 millions de personnes – fonctionnaires, travailleurs urbains en surnombre, étudiants et «gardes rouges». Cette véritable déportation de masse est sans bénéfice aucun pour l’économie, surtout quand il s’agit des cadres et des intellectuels qui seront ainsi «stérilisés» pour de longues années. Chez les jeunes, le traumatisme est profond; il engendrera dix ans plus tard une crise aiguë qui alimentera pour une part importante les mouvements de contestation qui culminent lors du «printemps de Pékin» en 1978-1979.

Au temps de la «bande des Quatre»

La révolution culturelle prend fin en hiver de 1969 avec la réunion du IXe congrès du P.C.C. qui reconstruit un parti dissous de fait depuis 1966. Son comité central et son bureau politique reflètent la «triple alliance» à l’honneur dans le pays: de 45 à 55 p. 100 des membres sont des militaires, les autres postes étant partagés à peu près également entre des «cadres révolutionnaires» et des «représentants des masses révolutionnaires». C’est ce congrès qui fait du maréchal Lin Biao, vice-président du comité central, le successeur officiel de Mao; c’est aussi ce congrès qui porte à son bureau politique une puissante aile gauche, et notamment le «groupe de Shanghai»: Jiang Qing, épouse de Mao, Yao Wenyuan, Zhang Chunqiao et Wang Hongwen. La politique économique s’inscrit dans la «lutte entre les deux lignes» où l’on oppose la «voie capitaliste» du président déchu Liu Shaoqi à l’enthousiasme, à l’initiative créatrice et au désintéressement des travailleurs, à la ville comme à la campagne. Mais, dans la pratique, l’heure est à la prudence et à l’amélioration des facteurs de production, et le redressement apparaît dans les premiers chiffres annoncés par Zhou Enlai pour 1970: 240 millions de tonnes de céréales, 18 millions de tonnes d’acier, 20 millions de tonnes de pétrole, 300 millions de tonnes de charbon.

Le IVe plan quinquennal est lancé le 1er janvier 1971; il n’a jamais été publié, mais les directives parues à la fin de 1971 dans le Quotidien du peuple et le Drapeau rouge en reflètent deux orientations importantes: création d’une trame industrielle locale et provinciale, incorporation d’équipements étrangers (usines clés en main) qui seront importés entre 1972 et 1974 (4 milliards de dollars). La période qui s’ouvre va être marquée, jusqu’en 1976, par toute une série de convulsions politiques de première grandeur: disparition et condamnation de Lin Biao, rencontre Nixon-Mao, conflits entre le groupe de Shanghai et Zhou Enlai et ses partisans, mort de Zhou Enlai, manifestation à la mémoire de Zhou Enlai (5 avr. 1976), mort de Mao, arrestation de la bande des Quatre. La politique et la vie économique s’inscrivent pour l’essentiel dans l’affrontement bien réel, même s’il se dissimule dans des campagnes qui n’ont trompé en réalité que les Occidentaux (ainsi la fameuse campagne «Pi Lin, Pi Kong» – «critiquer Lin Biao, critiquer Confucius» –, de 1973-1974 visant d’abord Zhou Enlai pour être retournée contre ses auteurs en un deuxième temps...), entre les «réalistes» conduits par Zhou Enlai et la bande des Quatre protégée par Mao. La quatrième Assemblée populaire nationale, réunie au début de 1975, marque toutefois un temps fort de la politique économique dans toute cette agitation: Zhou Enlai y présente le programme des Quatre Modernisations, jetant les bases du Ve plan quinquennal, qui, en modernisant l’agriculture, l’industrie, la défense nationale, la science et la technologie, doit faire de la Chine un pays puissant en l’an 2000. Ce programme n’est pas une nouveauté: il avait déjà été avancé en 1964-1965 mais vite balayé par la révolution culturelle. Ce qui est nouveau, c’est la place tenue à cette session par Deng Xiaoping, banni par la révolution culturelle, réintégré au bureau politique en décembre 1974, et qui fait alors figure de successeur de Zhou Enlai. Mais le groupe de Shanghai ne tarde pas à contre-attaquer par une «campagne sur les droits bourgeois» qui relance les impératifs de la «dictature du prolétariat» et vise en réalité la ligne de Zhou Enlai. De très graves troubles éclatent au cours de l’été: grèves, abandons de postes, affrontements multiples paralysent à nouveau l’industrie, tandis que des menées gauchistes s’efforcent de réprimer le «capitalisme spontané» des paysans. Une fois encore, le pouvoir en place est contraint de composer en tenant un discours «de gauche» tout en favorisant au contraire, dans la pratique, une politique «économiste». La meilleure manifestation de cette ambivalence apparaît lors de la conférence tenue en octobre 1975 à Pékin sur le thème: «l’agriculture s’inspire de Dazhai» (slogan de gauche) mais où Dazhai signifie cette fois, en réalité, mécanisation et productivité; Hua Guofeng, le futur «héritier» de Mao, s’y illustre par un remarquable rapport de synthèse prônant l’accomplissement de l’essentiel de la mécanisation de l’agriculture chinoise d’ici à 1980... tout en rassurant la gauche en évoquant le transfert souhaitable des unités de compte de base (équipes de production) au niveau supérieur des brigades (ce qui d’ailleurs est dans la logique de la mécanisation telle qu’elle est vue).

Mais l’histoire s’accélère avec la mort de Zhou Enlai survenue le 8 janvier 1976, les émeutes révolutionnaires du 5 avril à Pékin, en mémoire de Zhou mais directement dirigées contre Mao, et férocement réprimées, l’effroyable séisme de l’été qui fait un million de victimes dans la grande région industrielle de Tangshan au nord de Tianjin et enfin la mort de Mao en septembre 1976.

Le tournant de 1978

C’est en 1975 que, dans un rapport devant la IVe Assemblée populaire nationale, Zhou Enlai établit la nouvelle ligne du développement économique de la Chine: il s’agit d’accomplir «... la modernisation complète de l’agriculture, de l’industrie, de la défense nationale, des sciences et des techniques avant la fin du siècle, de telle sorte que notre économie nationale se hisse aux premiers rangs du monde». Mais il a fallu attendre la neutralisation de la bande des Quatre pour que ce programme soit mis en œuvre, dans le cadre d’un plan décennal (1976-1985) dont le contenu est précisé par Hua Guofeng dans son rapport devant la Ve Assemblée populaire nationale le 26 février 1978.

Tout ce dispositif était conçu pour aboutir en 1985 à une production de 400 millions de tonnes de céréales, de 60 millions de tonnes d’acier, etc., soit une croissance annuelle de 4 à 5 p. 100 de la valeur globale de la production agricole et de 10 p. 100 pour l’industrie, croissance supérieure à celle des vingt-huit années précédentes... C’est en fait d’un véritable nouveau «bond en avant» qu’il s’agit (même si ses principes et modalités proclamés sont à l’inverse de ceux de 1958) et qui ne tarde pas à s’avérer irréalisable. Mais le IIIe plénum du XIe comité central du P.C.C. tenu en décembre 1978 engage la Chine vers un nouveau cours où Deng Xiaoping va imposer une politique de réforme et de modernisation. Il est d’abord procédé à un «état des lieux» qui met en lumière quelques-uns des maux principaux dont souffre l’économie chinoise – surinvestissement, rigidités de la planification centrale, égalitarisme et irresponsabilité, gaspillages divers, secteur agricole sacrifié, etc. Dès lors se développe une stratégie de rajustement qui va fixer les orientations du VIe plan quinquennal (1981-1985) dont le taux annuel de croissance est ramené à 4 p. 100 et le système de planification assoupli; des investissements sont affectés en priorité (40 p. 100) aux transports et à la production d’énergie, et la consommation est favorisée par de nouvelles règles d’allocations de ressources, etc.

C’est dans un tel contexte qu’on s’efforce d’introduire une réforme des entreprises industrielles d’État: en 1979-1980, on accorde à 6 600 grandes entreprises d’État (60 p. 100 de la production industrielle du pays) le droit de conserver 10 à 30 p. 100 de leurs bénéfices pour financer des investissements et des allocations de primes pour les salariés. Mais les systèmes d’allocations de ressources et de fixation des prix ne sont pas touchés, ce qui rend illusoire la responsabilité des entreprises que la réforme veut promouvoir, qui se heurte par ailleurs aux rigidités du cadre (et des cadres!) en place. Poussée inflationniste, déficit budgétaire, lourd déficit du commerce extérieur de 1979 (importations considérables d’équipement) font le reste, et, en 1981, la réforme industrielle est mise en attente.

Le monde paysan et l’économie agricole sont, en revanche, très rapidement transformés: c’est la mise en place de «systèmes de responsabilités» dans les campagnes (expérimentés d’abord en Anhui en 1978 puis au Sichuan en 1979-1980) par lesquels différentes formules de forfaits permettent de lier directement la rémunération des paysans au travail qui s’effectue toujours dans le cadre de «l’équipe de production», unité de base de la commune populaire. On aboutit ainsi, au cours de l’année 1981, à une formule préférentielle qui est le «forfait d’exploitation avec les familles» où la terre, demeurant théoriquement propriété des collectifs, est donnée à bail (15 ans) à chaque famille paysanne qui s’y trouve désormais maître de son travail, de ses choix culturaux et de son budget, moyennant le versement d’un impôt agricole (très faible), la livraison de quotas à prix fixés par l’administration et le versement au collectif de cotisations pour prestations diverses. C’est, en fait, un retour socio-économique à la cellule familiale dans les campagnes chinoises et une décollectivisation de fait généralisée en 1981-1983, tandis que s’effacent les communes populaires, l’unité administrative de base de la Chine revenant aux cantons ruraux (xiang ) qui avaient été absorbés par les communes en 1958.

Dans le même temps, c’est une ouverture sans précédent au monde occidental et au Japon, par un appel aux techniques et aux capitaux étrangers et par une insertion dans le marché international. La loi de juillet 1979 autorise les investissements étrangers dans des sociétés à capitaux mixtes, dispositif suivi de la création de zones économiques spéciales à Shenzhen près de Hong Kong, à Zhuhai près de Macao, à Shantou dans l’est-Guangdong et à Xiamen (Amoy) au Fujian. Elles sont destinées à susciter les implantations étrangères fabriquant pour l’exportation, selon un ensemble de mesures incitatives (fiscales, douanières, coût de la main-d’œuvre) inspirées de zones plus anciennes et très efficaces de Singapour et Taiwan. L’insertion dans le marché international se marque, dès 1979, par l’acquisition d’un important équipement japonais et occidental et par une vigoureuse percée à l’exportation (pétrole et textiles notamment), tandis qu’en 1980 la Chine se ménage de nouvelles sources de financement en devenant membre du F.M.I. et de la Banque mondiale.

Le nouveau cours des années 1980

L’injection de capitaux étrangers d’origine et d’utilisation très variées constitue une des facettes les plus remarquables de l’évolution économique de la Chine des années 1980. Ces capitaux étrangers interviennent sous la forme de prêts (prêts d’État, prêts bancaires, prêts d’organismes internationaux), d’une part, d’investissements directs selon différentes modalités, d’autre part, et, enfin, dans une moindre mesure sous la forme d’«accords de compensation» (tabl. 1).

Les prêts accordés à la Chine l’ont été pour plus de 50 p. 100 par des gouvernements étrangers (japonais pour l’essentiel) et par des institutions financières internationales, et ils ont été utilisés massivement dans les domaines de l’énergie, des transports, des grandes infrastructures, tout particulièrement pour ce qui est des prêts accordés par le Japon, tandis que la Banque mondiale intervenait dans des domaines aussi divers (et importants) que la bonification de 200 000 hectares de terres marécageuses au Heilongjiang, la construction de quais pour conteneurs dans les ports de Shanghai, Tianjin et Canton, l’équipement de 26 universités... Les investissements directs sont à près de 50 p. 100 originaires de Hong Kong, les États-Unis et le Japon comptant chacun pour 16 à 18 p. 100, et ce sont les provinces de Guangdong et de Fujian (zones économiques spéciales) qui en ont bénéficié le plus, à hauteur du quart de l’ensemble des investissements. Longtemps affectés à l’industrie légère (industrie textile et électronique de consommation en particulier), aux secteurs immobilier, hôtelier et touristique, ces investissements ont parfois permis la création récente d’affaires de grande envergure ou à technologie de pointe comme la centrale nucléaire de la baie de Daya (France), la mine géante à ciel ouvert de Pingshuo (Occidental Petroleum), l’usine de matériel téléphonique Bell (États-Unis) de Shanghai, celle d’ascenseurs Otis (France) à Tianjin, les usines automobiles Jeep (États-Unis) de Pékin, Volkswagen (R.F.A.) de Shanghai, Peugeot de Canton, etc.

Cette rapide ouverture aux capitaux et aux marchés étrangers (tabl. 2) ainsi que l’évolution stupéfiante du secteur agricole rendent d’autant plus nécessaire la mise en œuvre d’une véritable réforme du secteur industriel et de l’ensemble du système économique chinois. Une telle relance est le fait du IIIe plénum du XIIe comité central du P.C.C., tenu en octobre 1984, par sa «décision sur la réforme des structures économiques» qui vise, notamment, à réduire le champ de la planification impérative, à renforcer le rôle et la responsabilité du directeur d’entreprise par rapport au comité du parti, à entreprendre l’immense et périlleuse réforme du système des prix, à permettre le recrutement et le licenciement du personnel par les entreprises elles-mêmes, à instaurer la procédure de mise en faillite des «canards boiteux», etc.; par ailleurs, de nouveaux types d’entreprises apparaissent.

L’évolution générale socio-économique depuis 1978 s’est traduite en fin de compte par une progression appréciable des niveaux de vie et de consommation – partis d’extrêmement bas, il est vrai. Le revenu annuel moyen des citadins salariés a doublé entre 1978 et 1985, tandis que celui des paysans triplait, en moyenne; la consommation moyenne des céréales par tête s’est accrue de 130 p. 100, celle de volaille de 355 p. 100, tandis que le nombre de postes de télévision passait de 0,3 à 6,7 pour 100 personnes... Mais, globalement, les revenus de la population ont progressé plus vite que l’offre des biens de consommation, et les hausses illégales de prix se sont multipliées, processus qui conduit à l’aggravation des tensions inflationnistes et, en 1984, la hausse officielle des prix de détail est de 5 p. 100 mais doit atteindre en réalité quelque 20 p. 100, tendance qui est allée en s’aggravant très dangereusement pour dépasser officiellement 15 p. 100 en 1988, soit en réalité 70 p. 100... Une telle surchauffe procède de facteurs monétaires – augmentation des émissions fiduciaires de 1984 à 1987 qui a largement dépassé celle du P.N.B. et du revenu par tête –, de facteurs économiques – surinvestissements dans les travaux d’infrastructure, déséquilibres structurels entre l’offre et la demande, pénurie de produits agricoles dans les villes, etc. – et de pratiques diverses telles que la spéculation sur la double tarification (prix fixé par l’État et prix négocié sur le marché), la corruption qui devient une véritable institution, etc. Ainsi, le Conseil des affaires d’État réuni le 30 août 1988 puis le IIIe plénum du comité central issu du XIIIe congrès du P.C.C. tenu en septembre suivant ont-ils décidé de donner un coup d’arrêt à cette évolution alarmante en reprenant le contrôle des prix, en favorisant l’épargne, en réduisant les investissements et en remettant à plus tard la réforme des prix qui pourtant conditionne la réforme industrielle qui se voit ainsi à nouveau compromise

2. La population de la Chine

Le cinquième de la population mondiale est rassemblé en Chine, masse milliardaire dont la répartition géographique, la composition ethno-linguistique et, plus encore, les structures et l’évolution démographiques posent d’immenses problèmes à ce pays, problèmes devenus d’autant plus graves qu’ils ne sont réellement et scientifiquement abordés par les autorités chinoises que depuis la fin des années 1970.

Répartition géographique

La Chine est le pays le plus peuplé de la planète. Sa densité brute est comparable à celle de la France, mais son milliard d’habitants est en réalité fort inégalement réparti: un contraste majeur apparaît de prime abord entre une Chine orientale massivement peuplée, de vastes espaces occidentaux où les densités brutes sont inférieures à 10 hab./km2 (Tibet, Qinghai, Xinjiang) et des domaines «intermédiaires» (Mongolie, Ningxia, Gansu, Yunnan) où elles sont comprises entre 25 et 60 hab./km2. Le tiers oriental de l’espace chinois porte en revanche 80 p. 100 de la population. Les densités y sont énormes, dépassant 800 habitants par kilomètre carré cultivé (tabl. 3). Les plus grandes masses sont réparties selon six ensembles géographiques:

– la grande plaine du Nord: plus de 200 millions d’habitants sur 400 000 km2;

– le bassin moyen du Changjiang: environ 100 millions d’habitants sur 200 000 km2;

– le «bassin rouge» du Sichuan: environ 90 millions d’habitants sur 200 000 km2;

– les plaines du bas Changjiang: environ 80 millions d’habitants sur 60 000 km2;

– la plaine du Liaohe, au nord-est: environ 35 millions d’habitants sur quelque 60 000 km2;

– le delta du Zhujiang (Canton): environ 20 millions d’habitants sur 12 000 km2.

Une telle accumulation sur les terroirs de plaine et de vallées découle d’un long processus historique que diverses mesures esquissées depuis trente ans n’ont pas réussi à enrayer; le problème reste entier et le déséquilibre alarmant.

Le profond contraste quantitatif entre l’Est et l’Ouest est encore accusé par la nature même du peuplement. L’occupation massive de la Chine orientale est fort homogène. Elle est le fait du peuple han ou chinois proprement dit, tandis que les espaces périphériques sont le domaine de «minorités nationales» qui totalisent plus de 90 millions de personnes relevant de cinquante-cinq «nationalités» officiellement définies; elles recouvrent quatre grandes aires de peuplement:

Le Nord : Toungouses, peuples résiduels des forêts de Mandchourie; Mandchous (plus de 8 millions), essentiellement au Liaoning et au Jilin, très largement assimilés; Coréens (1 921 000) implantés depuis le XVIIe siècle dans les vallées des massifs de Mandchourie orientale; Mongols (plus de 4 millions), pasteurs et agriculteurs des steppes de Mongolie-Intérieure; Hui (8 600 000), qui ne se différencient pas, ethniquement, des Han, mais qui sont musulmans. Ils ont largement essaimé à travers l’espace chinois, mais leur plus forte concentration (plus de 2 millions) constitue la région autonome Hui de Ningxia dans la boucle du fleuve Jaune. Ils sont agriculteurs et boutiquiers.

Le Nord-Ouest : il s’agit essentiellement de la Région autonome du Xinjiang. Un peuplement de la famille turque et indo-européenne en est le trait spécifique: Ouigours (6 millions), musulmans et agriculteurs des oasis, Kazakh (1 112 000) et Kirghiz (142 000), musulmans et éleveurs de moutons et chevaux. Mongols et Hui sont également présents, mais le peuplement han ne cesse de progresser.

L’espace tibétain se différencie, dans son immensité, selon quatre grands domaines: le Tibet méridional, où la vallée du Yalucangpo (Brahmapoutre supérieur) constitue le berceau de la civilisation tibétaine et porte plus d’un million de Tibétains agriculteurs et éleveurs; le plateau oriental, où des Tibétains pasteurs transhument avec yacks et moutons; les hauts massifs orientaux, occupés par les Yi (Lolo: 6 572 000), agriculteurs et éleveurs, et par des éleveurs montagnards Hani, Bai, Tujia; enfin, les bassins et massifs du Qinghai, que se partagent des éleveurs mongols, kazakhs et tibétains.

Le Sud-Ouest : au contact de l’espace tibétain et du monde indochinois, les provinces du Guizhou et du Yunnan ainsi que la Région autonome du Guangxi offrent une complexe mosaïque ethnique: Tibéto-Birmans, Thaï, Miao-Yao, Austro-Asiatiques...; la seule province du Yunnan compte à elle seule vingt-quatre «nationalités» reconnues à ce jour.

La famille thaï est la plus nombreuse (plus de 18 millions), il s’agit essentiellement des Zhuang (15 490 000), riziculteurs, principalement au Guangxi, des Buyi et des Tong au Guizhou-Hunan, des Nu, Shan, Tai au Yunnan.

Les Miao-Yao (9 500 000) sont une branche de la famille sino-tibétaine, que l’on retrouve également au Laos et en Thaïlande. Ce sont des agriculteurs montagnards installés entre 1 000 et 2 000 mètres d’altitude sur les massifs bordiers des Yunnan, Guizhou, Hunan, Guangxi et Guangdong.

La famille austro-asiatique est représentée par un peuplement résiduel de la famille linguistique Môn-Khmer, réfugiés dans les massifs de la frontière birmane ou au fond des vallées malariennes des confins du Yunnan. Les plus nombreux sont les Wa (352 000) et les Bulang (83 000), qui vivent de chasse et de cueillette autant que d’agriculture.

De ce très riche échantillonnage, qui représente sur le territoire chinois la plupart des peuples de l’Asie orientale, émergent – par leur importance numérique, leur assise géographique, leur ciment religieux, culturel, socio-politique – quatre entités bien affirmées: les Hui, minorité uniquement définie par son appartenance à l’islam, les peuples turcophones du Xinjiang (et surtout les Ouïgours) qui sont également musulmans, les Mongols, au contact de la république populaire de Mongolie, et les Tibétains en rébellion ouverte. Le principe d’autonomie régionale a été accordé dès l’instauration de la République populaire, qui aboutit à un dispositif administratif territorial spécifique constitué de cinq régions autonomes (Mongolie, Xinjiang, Ningxia, Guangxi, Tibet) à l’échelon de la province, de trente départements autonomes (subdivisions des régions autonomes ou à l’intérieur d’une province han) et de cent dix districts autonomes ou «bannières» mongoles. Mais cette «autonomie régionale» trouve immédiatement ses limites devant le pouvoir absolu détenu par le Parti communiste chinois et le «centralisme démocratique» qui soumet ipso facto toute administration territoriale aux prérogatives du «Centre».

Les mouvements migratoires

De telles disparités dans le peuplement de l’espace chinois appellent le déclenchement de migrations dont l’essentiel, depuis 1949, s’est effectué, d’une part, des foyers surpeuplés de l’Est vers les espaces périphériques et, d’autre part, entre les villes et les campagnes.

Les flux vers les espaces périphériques auraient concerné quelque 30 millions de personnes dont au moins la moitié a été fixée (pour l’essentiel dans plus de 2 000 fermes d’État) au Heilongjiang, en Mongolie, au Qinghai et au Xinjiang, tandis que les migrations entre villes et campagnes ont mis en mouvement des masses beaucoup plus considérables, mais par des alternances de flux et de reflux souvent dramatiques: environ 20 millions de ruraux gagnent les villes au cours de la période d’industrialisation des années 1950, d’énormes masses sont mises en mouvement dans les deux sens au cours de la catastrophe du Grand Bond en avant, puis c’est la déportation à la campagne de 15 à 20 millions de jeunes urbains à la suite de la révolution culturelle, suivie de retours massifs vers les villes à partir de 1979...; de nos jours, avec la décollectivisation de l’agriculture, la liberté de circulation, le développement de l’entreprise privée, apparaît dans toute son ampleur la question de l’exode rural et quelque 50 millions de ruraux seraient d’ores et déjà en mouvement à travers le pays. Dès lors, c’est toute la question de l’urbanisation qui est posée et qui constitue un des problèmes fondamentaux de la Chine de cette fin de siècle.

Le fait urbain

Au recensement de 1982, la population urbaine représentait 20,6 p. 100 seulement de l’ensemble de la population chinoise (32 p. 100 pour l’ensemble du «Tiers Monde»), soit tout de même plus de 200 millions de citadins dont 40 p. 100 concentrés dans 22 villes d’un million d’habitants (tabl. 4) et plus de 30 p. 100 répartis entre quelque 3 000 petites villes de moins de 50 000 habitants. Voilà qui souligne bien un des caractères et une des faiblesses essentiels de la trame urbaine de la Chine où les villes moyennes, les centres urbains de rayonnement régional sont très largement minoritaires.

Le déséquilibre se manifeste également sur le plan géographique où la Chine du Nord et de l’Est rassemble plus de 60 p. 100 des citadins du pays. La congestion dramatique des grandes villes chinoises qui offrent le plus souvent moins de 5 mètres carrés de logement par personne, l’insuffisance notoire des équipements et des activités de service, mais en même temps la menace d’un déversement de quelque 100 millions de paysans en surnombre conduisent les autorités chinoises à affronter la grande affaire de l’urbanisation et du contrôle urbain par la mise en œuvre simultanée de quatre séries de mesures:

– contrôle démographique sévère des plus grandes villes – Pékin et Shanghai en particulier –, contrôle au demeurant facilité par le niveau très bas des taux de fécondité auxquels on est parvenu dans les grandes villes depuis le début des années 1970;

– déversement de l’industrialisation des grandes villes sur des districts suburbains équipés progressivement de «villes satellites»;

– équipement et développement des «villes moyennes» (de 200 000 à 500 000 hab.) pour en affermir et étendre la sphère d’influence régionale;

– équipement et développement des «bourgades», centres de moins de 20 000 habitants en général, marchés ruraux traditionnels qui constituent également le lien naturel entre villes et campagnes; elles devront être alors à même d’accueillir l’essentiel de la vague migratoire paysanne; le nombre de ces bourgades a déjà doublé depuis 1982 et quelque 80 millions de paysans y auraient trouvé un emploi non agricole.

Le problème démographique

La population de la Chine a doublé depuis 1950 pour atteindre au recensement de juillet 1990 le chiffre de 1 133 682 501. Le recensement précédent, en 1982, a constitué un des événements majeurs intervenus en Chine après la disparition de Mao Zedong, le dernier recensement remontant à 1953 (suivi par un dénombrement en 1964) réalisé avec les «moyens du bord» de l’époque tandis que celui de 1982 a bénéficié d’une aide internationale scientifique et matérielle (ordinateurs).

Les résultats consolidés en 1990 témoignent d’une très remarquable transition démographique réalisée par la Chine, quand on songe aux niveaux de la natalité (37 p. 100 au moins), du taux de fécondité (de 5 à 6 enfants par femme) et de la mortalité (17 p. 100 au moins) qui caractérisaient ce pays au début des années 1950 (tabl. 5). Mais une telle évolution fut excessivement et dramatiquement chaotique, les campagnes de contrôle démographique alternant avec des coups d’arrêt plus ou moins désastreux.

Première campagne de limitation des naissances (1955-1957)

Jusque-là, faute de recensement, on estimait le chiffre de la population chinoise à moins de 500 millions; or le premier recensement entrepris en 1953 et publié à la fin de 1954 découvre 583 millions de Chinois – près de 100 millions de plus qu’il n’était attendu, le taux de mortalité s’étant révélé plus bas que prévu. Les positions dogmatiques s’en trouvent ébranlées: les plus lucides des responsables abordent alors le problème de la limitation des naissances, qui apparaît également dans la presse officielle. En 1956, le Premier ministre Zhou Enlai lui-même prend publiquement position pour «un contrôle approprié des naissances». Au début de 1957 est alors mis en place un comité de recherche pour le contrôle des naissances dont le professeur Ma Yinchu devient le théoricien officiel; il publie la même année sa Nouvelle Théorie de la population , où il démontre, en s’inspirant habilement de Lénine, qu’une surcharge démographique est incompatible avec la construction du socialisme, celle-ci devant passer par la mécanisation. Une loi est alors votée, autorisant sous certaines réserves l’avortement et la stérilisation, tandis qu’une vaste campagne d’information et d’éducation contraceptive est lancée à travers le pays.

Cette première tentative de contrôle des naissances en Chine est rapidement et brutalement liquidée par une «campagne antidroitière» puis par le Grand Bond en avant de 1958 à l’occasion duquel Mao prône au contraire les avantages du nombre...

Débâcle et deuxième campagne de limitation des naissances (1962-1965)

Le Grand Bond en avant qui s’est soldé par les «trois années noires» de 1959, 1960 et 1961 est caractérisé par une effroyable coupe claire dans la population: une famine généralisée provoque une surmortalité de 30 millions de personnes pour ces trois années tandis que le déficit de la natalité (femmes stérilisées par aménorrhée de famine) en atteint environ 29 millions... Le sauvetage de l’économie et de la société entrepris dès 1962 se traduit l’année suivante, en revanche, par une explosion démographique, la mortalité retombant aux niveaux antérieurs au désastre tandis que la classique «récupération des naissances différées» au lendemain d’un cataclysme porte la natalité au taux record de près de 50 p. 100 en 1963. Dans ces conditions, une nouvelle campagne de contrôle des naissances s’impose. On recommande alors très vivement (la pression sociale, particulièrement en milieu urbain, tient lieu de règlement) le recul de l’âge du mariage à 26-29 ans pour les garçons et à 23-25 ans pour les filles.

En 1964, l’avortement est à nouveau autorisé, la stérilisation (hommes et femmes) encouragée, les moyens préventifs diffusés: condoms, diaphragmes, stérilets et première pilule (noréthindrome) élaborée à partir de 1963. Le Conseil des affaires d’État met alors en place le Bureau de la planification des naissances, qui va essaimer dans les provinces, mais pas pour longtemps, un nouveau cataclysme – la grande révolution culturelle prolétarienne – venant ravager le pays à partir de 1966.

La troisième campagne de limitation des naissances (1971-1978)

L’explosion démographique de l’après-Grand Bond en avant et le laxisme imposé par les bouleversements de la révolution culturelle ont gratifié la Chine entre 1962 et 1972 de quelque 250 millions de citoyens supplémentaires! De plus, en 1970, à une natalité qui restait élevée – 35 p. 100 – correspondait désormais une mortalité à son niveau le plus bas – de 7 à 8 p. 100 (conjonction d’une structure par âge très jeune, d’une économie rétablie, d’un état sanitaire satisfaisant). Une nouvelle campagne de limitation des naissances s’impose plus que jamais avec l’application simultanée et autoritaire de quatre séries de mesures: remise en vigueur du mariage plus tardif, insertion de quelque 100 millions de stérilets tandis que 40 millions de stérilisations environ (essentiellement féminines) sont pratiquées et que de 40 à 50 millions d’avortements sont provoqués. Opération unique au monde à cette échelle (mais dont on peut imaginer les drames) qui permet à la Chine – tout en atteignant le niveau minimal de mortalité (de 6 à 8 p. 100) – de faire tomber son taux d’accroissement naturel de 28 p. 100 en 1970 à 13 p. 100 en 1979. Ainsi, en moins d’une décennie, la plus grande population du monde est-elle entrée dans la phase qualifiée par les démographes de transition démographique qui doit conduire à une faible croissance par réduction massive de la natalité dans un régime de très faible mortalité.

L’évolution des années 1980 et l’horizon 2000

La Chine et les Chinoises ne sont pas au bout de leurs peines, car les «classes pleines» issues de l’explosion démographique de l’après-Grand Bond arrivent, dans les années 1980, à l’âge du mariage et de la procréation, soit quelque 60 millions de femmes en âge de procréer de plus, qu’il faut dès lors contraindre à s’en tenir à l’enfant unique; mais cette mesure est assortie cette fois d’un dispositif touchant directement à l’intérêt économique des ménages: priorité pour l’allocation d’un logement, l’accès à la crèche, la scolarisation, les soins médicaux; versement d’une allocation mensuelle, en ville, pour l’enfant unique jusqu’à l’âge de quatorze ans et, à la campagne, dotation d’une ration alimentaire d’adulte. Il est certain qu’en milieu urbain – dans les plus grandes villes en tout cas – l’ensemble du dispositif mis en place depuis la révolution culturelle et singulièrement renforcé depuis 1979 a abouti à un net recul de la natalité; dans les campagnes, la situation est bien différente: les traditions natalistes y restent très vivaces, d’autant plus qu’en l’absence de toute pension vieillesse les paysans voient dans une descendance mâle la sécurité de leurs vieux jours, quitte à mettre plusieurs filles au monde au préalable. Au surplus, les incitations (ou sanctions) économiques pour favoriser l’enfant unique n’y ont pas la même résonance qu’en milieu urbain, les campagnes profondes de la Chine vivant encore largement en autarcie: un enfant supplémentaire y est, dans bien des cas, moins perçu comme une charge que comme une paire de bras, future source de rémunération additionnelle pour la famille.

En 1981, il est fait officiellement état de 11 millions de ménages (soit 57 p. 100 des ménages ayant un enfant) qui se sont engagés (par contrat) à en rester à l’enfant unique; de plus, les deux tiers des couples mariés pratiqueraient la contraception – stérilet pour 41 p. 100, ligatures des trompes pour 37 p. 100, vasectomie pour 13 p. 100, pilule pour 5 p. 100, condoms pour 2 p. 100 et méthodes diverses pour 2 p. 100 – tandis que, par ailleurs, on compte un avortement provoqué pour deux naissances.

La résistance de la paysannerie, qui constitue la grande masse de la population de la Chine, s’avère acharnée et l’infanticide des filles (quand c’est le premier enfant destiné à être unique) reprend vigueur, à tel point que les autorités ont décidé en 1988 d’autoriser un deuxième (et dernier) enfant aux ménages dont le premier serait une fille; pour le reste, les contraintes sont renforcées avec la mise au point d’un contrat d’enfant unique, concernant la totalité des femmes en âge de procréer... Situation dramatique où sont confrontés l’intérêt des ménages, l’instinct maternel et les impératifs à l’échelle de la nation. Quelles que soient les solutions adoptées pour garder le cap officiel – 1 milliard 200 millions en l’an 2000 –, le coût économique et social sera bien lourd, mais fort heureusement la pression va s’alléger à la fin des années 1990, période au cours de laquelle arriveront à l’âge du mariage et de la procréation les classes creuses issues des années 1970.

3. Les ressources

Les dimensions de la Chine, État-continent, et sa structure géographique lui valent une vaste gamme de ressources tant agricoles qu’industrielles dont la mise en valeur – au demeurant fort inégale – a connu depuis une dizaine d’années un tout nouveau cours avec la décollectivisation de l’agriculture, l’ouverture aux investissements étrangers et l’insertion dans les échanges et les organismes internationaux.

Les caractères de l’agriculture

La superficie cultivée de la Chine couvre environ 100 millions d’hectares et les surfaces ensemencées 144 millions d’hectares, ce qui signifie que près de la moitié (44 p. 100) de la superficie cultivée porte deux récoltes successives et parfois trois tout au Sud. Cela ne représente que 15 p. 100 de la surface du pays et 25 p. 100 si l’on exclut les domaines peu ou pas cultivables du Tibet, du Qinghai, du Xinjiang et de la Mongolie. L’espace cultivé lui-même l’est très inégalement: 70 p. 100 au Shandong, 83 p. 100 au Jiangsu contre 15 p. 100 seulement au Sud-Ouest. Le niveau de développement de cette agriculture peut être apprécié par les données suivantes; chaque famille paysanne dispose en moyenne de 1,5 ha (4 ha au Nord-Est; 0,4 ha au Guangdong) contre quelque 30 ha en France, base économique excessivement faible bénéficiant d’inputs modernes nettement améliorés depuis 1978 mais encore bien modestes: un tracteur pour 100 actifs agricoles, engrais chimiques à raison de 125 kg/ha en moyenne (plus de 200 kg dans la banlieue agricole de Shanghai, moins de 51 kg en Mongolie et au Tibet), irrigation assurée sur 31 p. 100 des terres ensemencées (alors que le problème de l’eau se pose partout en Chine (dont 56 p. 100 seulement le sont mécaniquement: pompes Diesel ou électriques). Par conséquent, les rendements restent encore modestes au regard des formidables densités humaines à l’hectare cultivé (tabl. 6).

Les productions agricoles

Jusqu’en 1978-1980, les céréales occupaient plus de 80 p. 100 des terres ensemencées, proportion qui a fléchi pour atteindre 76 p. 100 en 1985. Cette évolution est consécutive à la décollectivisation de l’agriculture. L’agriculture chinoise n’en reste pas moins fondamentalement une céréaliculture, la disponibilité moyenne annuelle par tête (céréales + soja + tubercules) étant passée de 316 kg en 1978 à 365 kg en 1985, ration complétée par 213 kg de légumes en moyenne par an et... 17 kg de viande (porc, mouton, bœuf) contre 9 kg en 1978.

Le riz occupe près du quart des surfaces agricoles et se localise massivement au sud du Changjiang, où il occupe de 50 à 60 p. 100 des terres cultivées. Systèmes agricoles extrêmement variés, comme l’a montré le tableau régional dont les rendements évoluent notablement pour faire de la Chine un des premiers exportateurs de riz.

Le blé tient une place également importante – 20 p. 100 des surfaces –, et c’est la grande culture de la Chine du Nord (60 p. 100 des emblavures du pays), tandis que, dans les pays du Changjiang, il alterne souvent avec la riziculture d’été. Des rendements nettement inférieurs à ceux du riz font en revanche de la Chine un importateur de blé.

Le maïs est la plante conquérante cultivée en été sur les terres non rizicoles et qui a confiné aux terroirs les plus pauvres (plateaux de loess) les «céréales de civilisation» – millets et gaoliang – aux très faibles rendements. Le maïs occupe aujourd’hui 15 p. 100 des terres environ, alternant avec le blé en Chine du Nord et se partageant les terres en été avec le soja dans le Nord-Est (Liaoning-Jilin) et avec le riz dans le Sud-Ouest (Yunnan, Guizhou).

Les oléagineux

Les oléagineux occupent près de 20 p. 100 des surfaces cultivées du pays. En l’absence de graisses d’origine animale, les plantes à huile jouent un rôle de premier plan, d’autant plus que ce sont parfois des plantes qui améliorent les sols mis à mal par une céréaliculture excessive.

Le soja prend une importance exceptionnelle. Il est cultivé sur 8 millions d’hectares environ dont plus de 40 p. 100 se situent dans les plaines du Nord-Est.

Le colza est la grande culture oléagineuse d’hiver de la Chine centrale, qui porte l’essentiel des 3 millions d’hectares consacrés à cette plante en Chine. Le premier producteur est le Sichuan (de 20 à 25 p. 100 de la production nationale).

Le théier à huile (tea oleosa ) est une culture spécifique de cette même Chine centrale, qui colonise les collines de terre rouge. Il donne un huile très fine, spécialité du Hunan.

Les oléagineux d’origine tropicale connaissent une remarquable migration vers le nord: 2,5 millions d’hectares d’arachides , dont 39 p. 100 au Shandong, des quantités de sésame importantes au Hubei et au Henan.

Les cultures industrielles

Les cultures industrielles qui occupaient moins de 10 p. 100 des terres cultivées jusqu’en 1980 se sont étendues de nos jours à plus de 15 p. 100 des superficies, corollaire du recul céréalier après la décollectivisation.

Il convient de signaler – essentiellement à Hainan, dans la péninsule de Leizhou et au Sud-Yunnan – des plantations tropicales (cannes à sucre, hévéas, palmiers à huile, etc.) que l’on s’efforce de développer, mais ce sont les plantes textiles de la Chine du Nord et du Centre qui demeurent essentielles. Au premier rang se situe le coton : 5 p. 100 des surfaces agricoles totales dont 80 p. 100 dans les provinces de Shandong, Hebei, Henan, Hubei et Jiangsu. Malgré l’extrême exiguïté des surfaces occupées – 0,1 p. 100 –, il ne faut pas omettre deux merveilles du génie chinois, la soie et le thé . La culture du mûrier, qui accompagne généralement les digues des rizières, est essentiellement le fait du delta du Yangzi, celui de la rivière des Perles et de la province du Sichuan, qui fournissent près de 90 p. 100 des cocons, tandis que les théiers sont surtout cultivés dans les provinces de Zhejiang, du Sichuan, du Hunan, du Fujian et de l’Anhui, qui produisent 71 p. 100 du thé chinois.

L’élevage

L’élevage reflète la vigoureuse dichotomie qui caractérise l’espace chinois, le contraste traditionnel entre les domaines septentrional et occidental, d’une part, où steppes ou prairies alpines sont la base pastorale de véritables peuples éleveurs, et la Chine agricole, d’autre part, qui intègre porcs et volailles et ne laisse guère de place aux autres élevages. La base pastorale dispose de plus de 3 millions de kilomètres carrés d’herbages naturels, dont 50 p. 100 environ de steppes désertiques peu productives, tandis que l’autre moitié est faite de steppes herbeuses, de prairies, de pelouses alpines de meilleure qualité (Mongolie orientale, Dzoungarie, Tianshan, Tibet oriental). Il s’agit encore pour beaucoup d’un élevage nomade, semi-nomade ou transhumant de bovins, chevaux et chameaux (mongols), chevaux et yacks (tibétains) et surtout d’ovins (kazakhs, tibétains, mongols).

Plus de 50 p. 100 des bovins sont élevés en Mongolie, au Xinjiang, au Tibet et dans les fermes d’État du Heilongjiang; 50 p. 100 des caprins en Mongolie, Xinjiang, Tibet, Yunnan, Sichuan et 65 p. 100 des ovins au Xinjiang, Mongolie, Qinghai et Tibet.

La Chine agricole dispose, par hectare, de moins d’une tête de gros bétail, modeste cheptel dont 60 p. 100 est destiné au trait – buffles dans les rizières, taurins sur les terres sèches, ânes, mulets, chevaux pour les charrois. En revanche, volailles et porcs sont étroitement intégrés à l’agriculture, et tout spécialement le porc, animal omnivore, bon producteur d’engrais organiques et fournisseur de l’essentiel de la viande consommée en Chine, qui dispose d’un troupeau de plus de 300 millions de têtes dont 60 millions pour la seule province du Sichuan (tabl. 7).

Pisciculture et pêche maritime

La pisciculture est une antique et éminente tradition chinoise qui fournit annuellement près de 3 millions de tonnes de poissons (premier rang mondial). Environ 10 millions d’hectares de plans d’eau douce (lacs, réservoirs, mares) se prêtent à cette activité, se répartissant en trois domaines principaux:

– le delta du Zhujiang (rivière des Perles) où fonctionnent les piscicultures les plus intensives;

– les bassins moyen et inférieur du Changjiang, avec notamment les cinq grands lacs (Dongting, Poyang, Hongzi, Chao et Tai) qui livrent plus de 70 000 t par an;

– le bas fleuve Jaune, de plus en plus productif avec le développement des aménagements hydrauliques.

Les rendements sont de l’ordre de 50 kg/ha dans les lacs mais ils peuvent atteindre 2 t/ha dans les mares de gavage bien équipées.

Les cultures aquatiques appartiennent à la même tradition et sont d’une très grande variété. Il s’agit, pour l’alimentation humaine, de châtaignes d’eau (Trapa bicornis ), de cresson, de graines de lotus, de colocasie (taro d’eau) notamment et, pour le précieux élevage des porcs, de lentilles d’eau, de sagittaire, de jacinthe d’eau et d’une algue d’eau douce (Chlorella algae ), particulièrement productive.

Depuis quelques années, on développe – tout particulièrement dans la région de Shanghai – l’ostréiculture (Anodonta woodiana et Hyriopsis cumingi ) pour la production de perles destinées à la fabrication de médicaments.

La pêche maritime dispose de quelque 1 500 000 km2 de pêcheries littorales où la plate-forme continentale est à moins de 200 m de profondeur: vaste domaine, d’une richesse particulière grâce aux apports des fleuves géants Huanghe et Changjiang et surtout à trois grands courants parallèles au littoral: en courant froid – le plus proche des côtes – du nord au sud et deux courants chauds sud-nord, l’un issu des mers du Sud par le détroit de Formose, l’autre issu du Pacifique et rejoignant le premier vers le golfe de Bohai.

Les pêcheries forment trois grands ensembles:

golfe de Bohai et mer Jaune , avec pour principales bases Dalian, Qinhuangdao, Yantai, Qingdao: merlan, saumon, loche, sciène, turbot, maquereau et langoustine;

mer orientale (Donghai), avec Ningbo, l’archipel des Zhoushan, Mawei et Amoy (Xiamen); sciène, trichiure, anguille, congre, requin et thon;

mer de Chine orientale (Nanhai), avec Dongshan, Shantou (Swatow), Nanhai et Haikou: hareng, requin, alose, tranchois, rouget.

Plus de 100 000 jonques (dont moins de 10 p. 100 sont motorisées) livrent annuellement quelque 3 millions de tonnes.

Les ressources énergétiques

La géographie de l’énergie

Les ressources énergétiques de la Chine, globalement abondantes, sont caractérisées par une distribution géographique et des degrés de mise en œuvre souvent fort inégaux.

Le charbon constitue la grande richesse minérale de ce pays dont les réserves potentielles seraient plus abondantes que celles des États-Unis – 3 000 milliards de tonnes – tandis que les réserves actuellement exploitables sont établies à plus de 100 milliards de tonnes. Abondance donc, mais aussi d’excellentes conditions d’exploitation – veines épaisses et faible profondeur (de 300 à 500 m). En revanche, la répartition géographique est excessivement inégale, environ 60 p. 100 des réserves se situant en Chine du Nord – qui livre 40 p. 100 de la production nationale –, la seule province du Shanxi disposant à elle seule de 30 p. 100 des réserves du pays et livrant près de 25 p. 100 de la production. Cette production nationale, qui approche le milliard de tonnes, est assurée, d’une part, dans quelque 2 000 houillères d’État, dont 74 grandes mines (1 Mt) avec une dizaine de houillères géantes dont la production annuelle est supérieure à 10 millions de tonnes et, d’autre part, par 60 000 petites houillères locales excessivement rudimentaires mais qui fournissent un emploi à environ un million de paysans, approvisionnent des campagnes dépourvues de fourniture énergétique nationale et comptent pour plus du quart dans la production nationale. Modernisation et développement de l’extraction du charbon, avec participation étrangère, sont un des caractères éminents de la politique économique actuelle de la Chine: une dizaine de grandes bases provinciales font l’objet d’un programme de modernisation, cinq mines géantes à ciel ouvert (quatre en Mongolie, une au Shanxi) sont en cours de développement avec une participation étrangère, tandis que l’énorme potentiel du Shanxi a attiré de nombreuses sociétés étrangères. Grandes mines nouvelles et mines existantes en développement devraient permettre – c’est du moins l’objectif des autorités chinoises – d’atteindre une production de un milliard 200 millions de tonnes en l’an 2000.

Les hydrocarbures . Les années 1970 marquent un tournant dans l’évolution du bilan énergétique de la Chine, qui connaît alors un spectaculaire «décollage pétrolier». Au cours des deux décennies prédécentes, l’aide soviétique avait permis la mise en œuvre des gisements occidentaux: Karamai (Xinjiang), Yumen (Gansu), bassin du Caidam (Qinghai), bassin du Sichuan. Cependant, la production nationale n’atteint pas 10 millions de tonnes en 1965 et l’Occident estime la Chine décidément pauvre en pétrole. Mais, au cours des années 1960, les prospections s’étendent au domaine oriental et révèlent des gisements d’une exceptionnelle richesse dans la province de Heilongjiang. Daqing, qui fournit au cours des années 1980 près de la moitié du pétrole national (55 Mt), entre en exploitation, puis Shengli au Shandong (27 Mt), Liaohe au Liaoning (9 Mt), Dagang (3 Mt), Renqiu au Hebei (10 Mt), Zhongyuan au Henan (5 Mt); exploitations qui fournissent l’essentiel de la production actuelle, le reste provenant de Karamai au Xinjiang et de Nanchong au Sichuan dont la mise en valeur date des années 1950; on notera donc, comme pour le charbon, un net déséquilibre géographique au profit de la moitié septentrionale du pays (Nord-Est et Nord) qui produit les deux tiers du total.

Il s’agit bien d’un décollage pétrolier qui fait passer la production de 11 millions de tonnes en 1965 à 74 millions en 1975 et à 104 millions en 1978... mais, depuis lors, un palier est atteint – 106 millions de tonnes en 1980 et 134 millions en 1987. On s’est tourné, par conséquent, vers l’exploration offshore et, en juillet 1979, seize groupes étrangers sont autorisés à explorer 420 000 km2 en mer Jaune et en mer de Chine méridionale tandis que le premier permis de forage est accordé en mai 1980 aux compagnies Total et Japan National Oil Corporation dans le golfe de Bohai. La véritable ouverture date du 10 février 1982, avec la promulgation de la «Réglementation pour l’exploitation offshore en coopération avec les compagnies étrangères». Ainsi la mer de Chine méridionale, pour l’essentiel, voit-elle l’intervention d’une quarantaine de compagnies de nombreux pays, pour des résultats qui restent toutefois décevants: en 1985, 2 millions de tonnes de pétrole et 3 milliards de mètres cubes de gaz étaient extraits au large de l’île de Hainan. Déception qui a conduit les autorités chinoises à ouvrir, en avril 1985, à l’exploration étrangère cinq provinces littorales, du Jiangsu au Guangxi, et trois provinces intérieures, Jiangxi, Hunan, Guizhou.

Dans l’ensemble, les réserves exploitables de la Chine seraient de 2 à 3 milliards de tonnes, ce qui représente environ 10 p. 100 des réserves mondiales exploitables dans les conditions actuelles.

Le raffinage a connu un développement en conséquence: une demi-douzaine de raffineries dans les années 1960 et une cinquantaine dans les années 1980 sont réparties entre les bassins de production, les sites portuaires et les grands centres industriels. Les plus grandes ont une capacité de 3 à 6 millions de tonnes, avec Daqing, Lanzhou et Shanghai en tête. La capacité totale théorique est de quelque 120 millions de tonnes (5,5 Mt en 1960).

Un réseau d’oléoducs est progressivement mis en place: Karamai en 1955, Yumen-Lanzhou (880 km) en 1966 et, à partir de 1970, les grandes réalisations de l’Est: Daqing-Qinhuangdao (premier terminal portuaire chinois)-Pékin; Daqing-Lüda, Dagang-Pékin,; Shengli-Nankin, terminé en juillet 1979. Le réseau atteint déjà 9 000 kilomètres, mais à un faible gabarit (tubes de 16 à 24 pouces) et les usines nationales ont une faible capacité de production.

Les exportations de brut portent sur quelque 20 p. 100 de la production, essentiellement vers le Japon, mais aussi vers la Corée, les Philippines, la Thaïlande, Singapour, Hong Kong.

Les réserves connues et exploitables de gaz naturel seraient de 300 milliards de mètres cubes (7 000 milliards aux États-Unis), mais c’est là un domaine encore très mal connu et fort peu exploité, l’essentiel de la production venant de Zigong au Sichuan, qui alimente Chongqing par gazoduc.

L’hydroélectricité fournit 20 p. 100 de la production électrique nationale, qui atteint 500 tWh et provient à 60 p. 100 de Chine centrale et méridionale, ce qui corrige quelque peu le déséquilibre géographique observé par les combustibles fossiles. Il reste que le potentiel hydroélectrique de la Chine est gigantesque – environ 380 GW exploitables (1er rang au monde et de loin), dont 197 pour le seul Changjiang – et exploité à moins de 10 p. 100.

Comme le charbon, mais dans de bien meilleures conditions, l’hydroélectricité chinoise est caractérisée par la nature bisectorielle de sa production: une centaine de grandes centrales, dont une dizaine de plus de 500 MW et quelque 90 000 petites installations (puissance maximale de 12 MW) produisent près de 20 p. 100 de l’hydroélectricité, énergie entièrement destinée aux campagnes qui en seraient sans cela totalement dépourvues. Les innombrables difficultés inhérentes à la construction de barrages et la richesse considérable en charbon font que l’électricité chinoise est massivement d’origine thermique, exclusivement à base de houille, les centrales au fuel équipées à l’époque du décollage pétrolier ayant été reconverties entre 1976 et 1981.

La pénurie d’électricité est un des problèmes les plus graves auquel doit faire face la Chine à la fin du XXe siècle; aussi, d’importants programmes d’équipement sont en cours tant dans le domaine hydroélectrique que dans le domaine thermique, avec, en particulier, les débuts du nucléaire.

Le programme hydroélectrique porte sur l’équipement du haut fleuve Jaune (neuf centrales), du Hongshui au Guangxi et du réseau du Yunnan – une douzaine de centrales de 500 MW et plus y ont été édifiées, la réalisation la plus importante et la plus célèbre étant celle de Gezhouba, à l’aval des fameuses gorges de Changjiang (2 715 MW), tandis qu’un énorme projet d’une vingtaine de centrales de 2 000 à 13 000 MW (essentiellement sur le haut Changjiang et le Yalongjiang) est à l’étude. Parallèlement, treize grandes centrales thermiques (de 800 à 2 400 MW) sont en construction ou en agrandissement sur les principaux bassins houillers de la Chine du Nord et de Mongolie, tandis qu’un consortium Chine-Hong Kong (Huaneng) souhaite importer une vingtaine de centrales pour une puissance installée totale de 6 000 MW.

En mars 1983 commençait l’édification de la première centrale nucléaire chinoise à Qinshan (district de Haiyan), à mi-chemin entre Shanghai et Hangzhou; la Chine en est le maître d’œuvre, le réacteur étant fourni par Mitsubishi, les pompes par la R.F.A. et le générateur de vapeur par la Suède; sa puissance installée est de deux fois 300 MW; elle aurait dû entrer en production en 1992. Puis, en janvier 1985, c’est la première signature d’un contrat avec Framatome et la General Electric britannique, pour la construction d’une grande centrale – deux réacteurs de 900 MW – sur la baie de Daya, à 50 km à l’est de Hong Kong; la filière choisie par les Chinois est la filière américaine P.W.R. sous licence Westinghouse; l’entrée en production est prévue pour 1993. Au surplus, les autorités chinoises souhaitent mettre en chantier une douzaine d’autres centrales (environ 10 000 MW au total) d’ici à l’an 2000.

Le bilan énergétique

Les productions sont impressionnantes en valeur absolue mais n’ont de réelle signification qu’en fonction de la masse humaine concernée. Ainsi un Chinois dispose-t-il, en 1987, de 700 kg d’équivalent pétrole par an en moyenne tandis qu’un Français en consomme 5 t et un Américain 12 t.

Le charbon occupe une place écrasante dans le bilan chinois, tandis que le bilan français est dominé par le pétrole et l’électricité nucléaire (tabl. 8 et 9), ce qui traduit fort bien deux stades de développement bien différenciés (mais la consommation chinoise ne doit rien aux importations).

Une comparaison de la destination de l’énergie consommée (1987) souligne également cette différenciation: c’est l’industrie qui consomme la plus grande part (67 p. 100) de l’énergie en Chine, tandis qu’en France, où le secteur industriel en consomme 30 p. 100, c’est le secteur domestique qui l’emporte – 44 p. 100 – contre 21,7 p. 100 seulement en Chine, et l’écart est encore plus considérable dans le domaine des transports – 22 p. 100 en France et seulement 6 p. 100 en Chine. Un tel tableau traduit bien l’immense distance qui sépare les niveaux et modes de vie chinois et français (et ceux des pays «développés» dans leur ensemble), mais il est également révélateur de l’un des problèmes majeurs du bilan énergétique chinois que représente le gaspillage d’énergie par des équipements à faible rendement énergétique, une mauvaise gestion, le goulet d’étranglement des transports, etc.; au total, pour une production donnée – à valeur égale –, l’industrie chinoise consomme cinq fois plus d’énergie que l’industrie française.

Les matières premières minérales

Les échelles de l’espace chinois et la structure géologique de celui-ci offrent une immense gamme de minerais, dont la prospection est loin d’être achevée.

Le minerai de fer a fixé la sidérurgie développée depuis les années 1950: Anshan au Liaoning, Tangshan (sidérurgie de Pékin), Baiyunopo en Mongolie (combinat de Baotou), Daye (combinat de Wuhan), Ma’anshan (sidérurgie de Shanghai), Qijiang (combinat de Chongqing), Shilu (île de Hainan) et, plus récemment, le riche minerai de Panzhihua, qui alimente le nouveau complexe sidérurgique de Dukou à la limite du Sichuan et du Yunnan. En outre, des gisements à haute teneur ont été identifiés depuis 1975 au Sichuan occidental, au Yunnan, en Anhui.

Les réserves connues sont de 40 milliards de tonnes et la production annuelle de 98 millions de tonnes; elle est encore insuffisante, les importations portant sur plus de 15 millions de tonnes.

Les métaux non ferreux sont très inégalement représentés; les uns sont encore nettement déficitaires, tel le cuivre, exploité notamment à Dongchuan (Yunnan), Fashun (Liaoning), Dexing (Jianxi); des découvertes effectuées dans les années 1970-1980 (Yunnan, Tibet, Anhui) portent les réserves connues à 50 millions de tonnes de métal contenu. Mais la Chine doit encore importer autant de métal raffiné qu’elle en produit; l’aluminium est élaboré à partir de l’alunite et des schistes alumineux de Fushun et des bauxites du Henan; le tiers de l’aluminium consommé doit être cependant importé, notamment de Norvège, de France, des États-Unis, du Canada, du Japon; le nickel et le cobalt sont produits au Jilin, mais des explorations réalisées dans les années 1970-1980 ont identifié des gisements prometteurs au Sichuan, au Yunnan et au Gansu.

D’autres sont en plein développement, comme le plomb et le zinc, exploités au Hunan et au Guangdong et dont d’importants gisements ont été découverts au Yunnan, au Guangxi et au Gansu; c’est aussi le molybdène, dont les gisements comptent parmi les plus riches du monde et sont exploités surtout au Liaoning, au Hunan et au Jiangxi; et surtout les minerais d’exportation, notamment le tungstène, qui vient au premier rang mondial (8 500 t annuelles), grâce aux mines situées au Jiangxi (Xihuashan, Dachishan), au Hunan (district de Congzhou) et au Guangdong (Yaoling); l’antimoine, pour lequel la Chine est l’un des trois grands producteurs du monde (13 000 t annuelles) et dont la principale base est la province du Hunan (Xikuangshan), suivie par celle du Guangdong; l’étain, dont les réserves sont supérieures à un million de tonnes et la production de 20 000 tonnes annuelles (la moitié en est exportée); l’exploitation est essentiellement située au Yunnan (Gejiu) et au Guangdong.

L’ensemble de ces productions devraient être enrichies par la mise en œuvre d’un très important complexe polymétallique (antimoine, étain, plomb-zinc) découvert dans les années 1970 à Changpo (Guangxi), à 160 km de la frontière vietnamienne.

Les minerais non métalliques sont d’une extrême variété: le sel, dont la Chine est le deuxième producteur mondial avec 30 millions de tonnes annuelles; 60 p. 100 sont tirés des salines littorales du golfe de Bohai, 20 p. 100 des salines du Nord, du Jiangsu et du littoral du Guangdong, 20 p. 100 des lacs salés et semi-salés du Shanxi et du Qinghai, où le potentiel est prodigieux; les phosphates, activement exploités depuis la fin des années 1970, essentiellement au Yunnan, au Guizhou, au Guangdong, au Hunan-Hubei, au Hebei. La production actuelle de phosphates de calcium dépasse 5 millions de tonnes; le spathfluor (fluorure de calcium), exploité au Zhejiang (Wuyi), au Hunan (Taolin), au Liaoning (Kaiping), est largement exporté, notamment vers le Japon, qui absorbe à lui seul la moitié de la production chinoise; l’amiante, dont les quelque 250 000 tonnes annuelles placent la Chine au cinquième rang mondial et dont les riches gisements du Sichuan fournissent l’essentiel.

Transports

Les transports mettent bien en lumière le caractère bisectoriel de l’économie chinoise, avec, d’une part, une multitude de techniques traditionnelles – portage, charrois, jonques et sampans – et, d’autre part, les techniques les plus modernes, massivement développées depuis peu.

Les transports ferroviaires furent le secteur prioritaire à partir des années 1950: la Chine héritait alors de 20 000 km de lignes, qui, au début des années 1980, avaient une longueur de 52 000 km. La densité reste faible par rapport à l’immensité de l’espace national, d’autant plus que le cinquième seulement est à voie double et que 4 000 km seulement sont électrifiés. Ainsi la densité du trafic est-elle de 10 millions de tonnes par kilomètre de voie, ce qui en fait le réseau le plus chargé du monde, après celui de l’ex-U.R.S.S.

Une modernisation en cours prévoit le doublement des lignes principales, l’électrification de plus de 1 000 km (Nord-Ouest et Ouest), la modernisation des voies et ballasts (qui ne permettent guère des vitesses supérieures à 50 km/h) et la construction de lignes nouvelles destinées à désenclaver l’ouest du pays et à faciliter l’accès aux richesses minières du Shanxi et de la Mongolie.

Le réseau routier est encore plus récent: jusqu’aux années 1960, la priorité a été accordée aux axes stratégiques (Tibet, Xinjiang) et si, à la fin des années 1980, la Chine comptait 940 000 km de routes, 480 000 seulement étaient plus ou moins asphaltées, soit environ dix fois moins que la France pour une superficie dix-sept fois supérieure. Le parc automobile comprend quelque 3 millions de camions, 800 000 autocars et automobiles et... plus de 3 millions de tracteurs.

La navigation intérieure fait partie en revanche de la tradition ancienne, sur 110 000 km de voies fluviales, dont 40 000 km accessibles aux vapeurs. Le fret annuel dépasse 400 millions de tonnes, dont 50 p. 100 dans le seul bassin de Changjiang, ce «long fleuve» qui permet la pénétration du continent sur quelque 3 000 km, dont les mille premiers (jusqu’à Wuhan) sont accessibles à des navires de haute mer de 10 000 t. Plus de trois cents ports, dont vingt-quatre équipés pour le gros trafic, jalonnent cette belle artère.

Les transports maritimes traitent plus de 300 millions de tonnes annuelles, tonnage équivalent à celui du port de Rotterdam. Le retard de la Chine est dans ce domaine particulièrement accusé, si bien qu’un plan de rénovation des neuf plus grands ports chinois a été défini dès 1973.

Shanghai est de loin le plus grand port chinois, avec un trafic qui atteint 140 millions de tonnes. Bassins en eau profonde (cargos de 25 000 t), transbordements mécanisés, multiplication des mouillages, conteneurisation, gestion informatique sont les principales réalisations achevées ou en cours, mais l’engorgement reste tel qu’on vient d’entreprendre l’aménagement accéléré du port historique de Ningbo au sud du delta. Dalian, au débouché du Nord-Est industriel, vient au deuxième rang (50 millions de tonnes): un port pétrolier moderne y est installé; Tianjin (25 millions de tonnes), son voisin Qinhuangdao (70 millions de tonnes), premier terminal pétrolier en 1973, et Qingdao (40 millions de tonnes) au Shandong sont les grands ports du Nord en pleine transformation, tandis qu’au sud Canton (20 millions de tonnes) voit son avant-port Huangpu doté de postes pétroliers et de terminaux pour conteneurs; plus à l’ouest, Zhanjiang (18 millions de tonnes), le Fort-Bayard de l’époque coloniale française, est devenu un important port pétrolier accessible aux tankers de 50 000 tonnes.

La flotte chinoise se situe au deuxième rang en Asie, avec une jauge totale de quelque 6 millions de tonnes pour 700 unités environ. Mais c’est une flotte vétuste (moyenne d’âge supérieure à onze ans) et de petit gabarit (de 10 000 à 15 000 t). Les chantiers navals chinois – Shanghai, Dalian, Xingang (Tianjin) – ne produisent que de petites unités (15 000 t et, depuis les années 1980, des pétroliers de 50 000 t), et le pays fait largement appel au marché d’occasion international. Toutefois, depuis 1982, la Chine exporte des navires totalisant jusque-là 1 300 000 tonnes de jauge – cargos, tankers, porte-conteneurs, vraquiers, et... navires de guerre.

Les transports aériens ont bénéficié d’un important effort depuis quelques années, corrélativement à l’ouverture du pays et à l’essor fulgurant du tourisme international.

Le réseau intérieur comprend plus de deux cents lignes qui relient plus de cent villes, soit un réseau de plus de 200 000 km, dont les plaques tournantes sont Pékin, Shanghai, Wuhan, Xi’an et Canton. Le trafic de passagers est passé de 1,5 million en 1976 à 8 millions en 1985.

Les lignes internationales se sont multipliées depuis 1978 pour desservir une trentaine de villes dans le monde, dont une vingtaine en Asie, neuf en Europe, cinq en Amérique du Nord; le parc d’aéronefs a été considérablement transformé avec l’acquisition, notamment, d’une flotte de Boeing de divers types, d’Airbus A 310, de Tupolev 154, etc.

Les aéroports de Pékin, Shanghai, Canton, Urümqi, Kunming et Xiamen (Amoy) sont encore seuls à recevoir les gros porteurs, et tout l’effort vise actuellement à l’aménagement des pistes des aérogares.

4. La géographie industrielle

La géographie industrielle de la Chine doit sa configuration à la combinaison du double héritage de l’implantation – essentiellement littorale – des Puissances entre 1840 et 1937 et de la phase d’industrialisation sur le modèle et avec l’aide soviétiques au cours des années 1950.

Ainsi distingue-t-on essentiellement trois foyers industriels qui livrent près du quart de la valeur de la production industrielle nationale: la base lourde du Liaoning, avec la sidérurgie d’Anshan et de Benqi, les charbonnages et le raffinage de Fushun, la pétrochimie de Liaoyang, la pétrochimie et les constructions navales de Dalian, autour de Shenyang, la métropole, grand centre chinois des constructions mécaniques; l’ensemble littoral du Hebei, avec le complexe portuaire et industriel de Tianjin, les charbonnages et la sidérurgie de Tangshan-Kailuan, le grand port pétrolier et charbonnier de Qinhuangdao, et Pékin, dans l’hinterland, devenue la deuxième ville industrielle de Chine après Shanghai. Le foyer shanghaien reste de loin au premier rang, avec la plus large gamme d’activités industrielles (de la sidérurgie à la construction aéronautique et à l’informatique) et, dans sa mouvance, Suzhou, Wuxi, Nantong, entre autres, pour la soie, les cotonnades, les industries électroniques. On peut identifier par ailleurs quelques axes d’industrialisation, et notamment celui du bas fleuve Jaune avec, d’est en ouest, Jinan (constructions mécaniques, textiles), Zhengzhou (filatures de coton), Luoyang (tracteurs, roulements à billes), Xi’an (filatures, mécanique), Lanzhou (pétrochimie, électrométallurgie), Baotou (sidérurgie), et l’axe du Changjiang, avec en particulier Nankin (pétrochimie électronique), Ma’anchan (sidérurgie), Wuhan (sidérurgie, textiles), Chongqing (sidérurgie, constructions mécaniques).

Ce sont, enfin, les capitales provinciales plus ou moins industrialisées et que dominent à cet égard Harbin (turbines, industries alimentaires), Changchun (automobiles), Taiyuan (métallurgie lourde), Chengdu (mécanique), Hangzhou (soieries) et Canton (textiles, mécanique, automobiles Peugeot).

Mais, depuis 1980, cette géographie industrielle s’étoffe et s’organise selon un nouveau cours: en mai 1980, c’est la création de «zones économiques spéciales» (Z.E.S.) destinées à attirer les investissements étrangers dans les secteurs industriels tournés vers l’exportation et dans les secteurs immobiliers et de services; ces Z.E.S. sont, en 1988, au nombre de cinq: la Z.E.S. de Shenzhen, à la frontière de Hong Kong, de très loin la plus importante (ville nouvelle de 300 000 habitants, avec 500 entreprises), les Z.E.S. de Zhuhai (Macao), de Shantou (Guangdong occidental) et de Xiamen (Amoy) au Fujian, à des stades divers de développement et, la dernière-née, la grande île de Hainan devenue au printemps de 1988 tout à la fois province (elle était jusque-là rattachée au Guangdong) et Z.E.S., où quasiment tout reste à faire. En avril 1984, quatorze villes côtières sont ouvertes à leur tour aux investissements étrangers, et, en janvier 1985, c’est l’ouverture de trois régions: le delta du Changjiang, le littoral méridional de Fujian, le delta de la rivière des Perles (Canton).

Ce faisant, les autorités chinoises estiment devoir s’appuyer sur la façade littorale du pays, de loin la plus développée et peuplée de 200 millions d’habitants, en accélérer le développement pour entraîner celui des régions intérieures.

5. Le commerce extérieur et le tourisme

L’évolution du commerce extérieur de la Chine traduit fort bien les mutations économiques de ce pays depuis les années 1970. Évolution quantitative – une valeur totale de 4 milliards de dollars à la fin des années 1960, 14 milliards de dollars en 1974 (premières exportations du pétrole), plus de 36 milliards en 1980 et plus de 82 milliards en 1987; évolution structurelle également puisque, de l’équilibre à tout prix ou de l’excédent de l’ère maoïste, on passe à un déficit de la balance commerciale qui atteint 2 milliards de dollars en 1979 (importations de grands équipements) pour être réduit à 600 millions en 1980 et remonter à près de 4 milliards en 1987, contre 12 milliards en 1986, réduction drastique grâce à un contrôle sévère des importations mais aussi à une dévaluation de la monnaie chinoise. Tandis qu’en 1980 les importations (18,60 milliards de dollars) étaient constituées à 52,4 p. 100 de matières premières pour l’industrie (acier, laminés) et pour l’agriculture (engrais chimiques) et à 21,3 p. 100 de biens manufacturés, en 1987 elles atteignaient 43,21 milliards de dollars, dont 16 p. 100 seulement de matières premières et 84 p. 100 d’équipements manufacturés et de biens de consommation (machines-outils, tubes de téléviseurs, caoutchouc, sucre); les exportations qui, en 1980, se montaient à 18 milliards de dollars, dont 52,5 p. 100 de produits agricoles et de matières premières minérales (dont 25 p. 100 de pétrole) et 47,5 p. 100 de biens manufacturés (dont 34 p. 100 de textiles), atteignaient 39,44 milliards de dollars en 1987, dont 33,5 p. 100 de matières premières agricoles et industrielles et 66,5 p. 100 de biens manufacturés (dont 30 p. 100 de produits textiles et 50 p. 100 de matériels électriques).

L’essor du commerce extérieur chinois a été notablement facilité par d’importantes réformes structurelles avec, notamment, la création, en 1979, de la C.I.T.I.C. (Compagnie chinoise de crédit et d’investissements internationaux), qui agit en tant que conseil pour les sociétés étrangères désirant exporter ou investir en Chine et qui instruit les dossiers des «sociétés mixtes à capitaux chinois et étrangers», et tout un train de mesures de décentralisation, au fil des ans, permettant aux partenaires étrangers d’avoir le contact direct avec les autorités régionales et locales sans avoir nécessairement à passer par la lourde structure bureaucratique du ministère du Commerce extérieur et de ses «corporations» qui régnaient en maître jusque-là (tabl. 10 et 11).

Le tourisme , qui s’est développé parallèlement au commerce extérieur, est une des manifestations les plus spectaculaires de l’évolution de la situation en Chine dans les années 1980. Tandis qu’en 1978 ce pays recevait 1 810 000 touristes (dont 1 580 000 Chinois d’outre-mer, de Hong Kong et Macao), entre 1978 et 1987 plus de 115 millions de touristes ont été accueillis, soit une moyenne annuelle de près de 13 millions, dont 1 728 000 touristes non chinois.

Ce tourisme a contribué à promouvoir les gains de la Chine en devises (9,4 milliards de dollars entre 1979 et 1987), à moderniser et à étendre le parc aérien intérieur (achat de 75 aéronefs aux États-Unis et en Europe pour les seules années 1985-1986), à créer un parc hôtelier jusque-là inexistant: à la fin de 1987, plus de 1 000 hôtels totalisaient 400 000 lits, dont 800 (250 000 lits) pour les touristes étrangers, tandis qu’à Pékin 19 grands hôtels sont en construction et une trentaine à Shanghai. Le «gisement touristique» est un des plus considérables du monde, et les autorités chinoises entendent bien l’exploiter plus avant en recevant de 7 à 8 millions de touristes étrangers en l’an 2000. Reste à surmonter le grave «goulet d’étranglement» des transports, à former une masse de professionnels compétents et motivés, à moderniser le marketing, etc.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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